vendredi 12 janvier
The Princess Bride - Introduction à l'édition du 25e anniversaire
C’est toujours mon livre préféré de tous les livres du monde.
Et plus que jamais, je souhaiterais l’avoir écrit. Quelques fois j’aime rêver que je l’ai fait, que moi j’ai imaginé Fezzik (mon personnage préféré), que mon imagination a invoqué la scène de l’iocane, la bataille d’intelligences à mort qui suit.
Hélas, Morgenstern a tout inventé, et je dois me contenter du fait que mon abrègement (bien que descendu par tous les experts florins alors en 1973 – les critiques dans les journaux érudits m’ont blessé ; dans ma carrière d’écrivain, seul Boys and Girls Together eut une pire curée) a au moins apporté Morgenstern à un plus large public américain.
Qu’est-ce qui est plus fort que la mémoire de notre enfance ? Rien, au moins pour moi. J’ai toujours le rêve récurrent de mon pauvre et triste père lisant le livre à voix haute – seulement dans le rêve il n’est pas pauvre ni triste ; il a une vie merveilleuse, une vie à la hauteur de sa dignité, et alors qu’il lit, son anglais, si douloureux en vérité, est splendide. Et il est heureux. Et ma mère est si fière…
Mais le film est la raison pour laquelle nous sommes de nouveau ensemble. Je doute que mes éditeurs aient bondi sur cette édition s’il n’y avait pas eu le film. Si vous lisez ceci, je vous parie une fortune contre des cacahuètes que vous avez vu le film. Ce fut un modeste succès quand il est arrivé la première fois dans les cinémas, mais le bouche-à-oreille l’a rattrapé quand la cassette vidéo est sortie. Ce fut un gros tube dans les magasins de vidéo alors, ça l’est toujours. Si vous avez des enfants, vous l’avez probablement vu avec eux. Robin Wright dans le rôle titre commença sa carrière comme Bouton d’Or, et je suis sûr que nous sommes tous de nouveau tombés amoureux d’elle dans Forrest Gump. (Personnellement, je pense qu’elle était la principale raison de ce phénomène. Elle était si mignonne et chaleureuse, on mourait tous d’envie que le pauvre débile de Tom Hanks vive heureux avec quelqu’un comme ça.)
La plupart d’entre nous aime les histoires de cinéma. Peut-être quand Broadway dominait le terrain, les gens aimaient les histoires de théâtre, je ne pense pas que ça soit encore le cas. Je parie que personne ne supplie Julia Louis-Dreyfus de raconter comment c’était de tourner l’épisode 89 de Seinfeld. Et des histoires de romanciers ? Pouvez-vous vous imaginer coinçant Dostoïevski et le supplier de vous raconter des trucs marrants sur L’Idiot ?
De toutes façons, il y a quelques souvenirs de tournage concernant The Princess Bride que je pense que vous ne connaissez pas.
J’avais pris un peu de temps sur l’écriture du scénario de The Stepford Wives pour abréger le Morgenstern. Et puis quelqu’un à la Fox en entendit parler, mit la main sur une copie manuscrite du livre, l’apprécia, eut l’intention d’en sortir un film. C’est du début de 1973 dont nous parlons. Le « quelqu’un » à la Fox était leur Greenlight Guy[1]. (Indiqué GG dans la suite.)
Vous pouvez lire dans des magazines comme Première et Entertainment Weekly ou Vanity Fair des listes sans fin des « 100 personnalités les plus puissantes » du cinéma. Ces divers idiots ont tous des titres : Vice-Président en charge de ceci, Directeur en charge de cela, etc.
La vérité : ce sont tous des épouvantails.
Une seule personne par studio a quoi que ce soit qui ressemble à du pouvoir, et c’est le GG. Le GG, voyez-vous, peut faire qu’un film existe. Il (ou elle) est celle qui lâche les cinquante millions – si votre film a pour but d’aller au Festival de Sundance. Triple s’il y a des effets spéciaux.
Enfin, le GG à la Fox apprécia The Princess Bride.
Problème : il n’était pas sûr que ça soit un film. Alors nous avons trouvé un arrangement particulier – ils achetaient le livre, mais ils n’achèteraient pas le scénario à moins qu’ils ne décident de se lancer. En d’autres mots, nous avons tous les deux gagnés la moitié du gâteau. Alors même si j’étais fatigué d’avoir finit l’abrègement, j’ai continué sur les nerfs et j’ai fait le scénario immédiatement après.
Mon très grand agent, Evarts Ziegler, vint en ville. Ziegler est celui qui a orchestré le contrat de Butch Cassidy, qui, avec The Temple of Gold, mon premier roman, a plus changé ma vie que n’importe quoi d’autre. Nous sommes aller déjeuner à Lutèce, nous avons bavardé, apprécié notre compagnie, nous sommes séparés, moi vers mon bureau dans le Upper Est Side dans un immeuble qui a une piscine. J’avais l’habitude de nager tous les jours parce que j’avais un très mauvais dos alors, et nager aidait les choses. Je m’avançais vers la piscine quand j’ai réalisé ceci : je ne voulais pas nager.
Je ne voulais rien faire d’autre que rentrer à la maison vite. Parce que je tremblais terriblement. Je suis rentré à la maison, je me suis mis au lit, les tremblements remplacés par le feu. Helen, ma femme super-psy, rentra du travail, me jeta un regard, m’amena à l’hôpital de New York.
Toutes sortes de médecins entrèrent – tout le monde savait qu’il y avait quelque chose de terriblement grave, personne ne devinait ce que cela pouvait être.
Je me suis réveillé à quatre heures du matin. Et je savais ce qui n’allait pas. D’une façon ou d’un autre, la terrible pneumonie qui m’avait presque tué quand j’avais dix ans – la raison pour laquelle mon père me lut The Princess Bride en premier lieu était de me faire passer ces affreux premiers jours après l’hôpital – eh bien, cette pneumonie était revenue pour finir le travail.
Et à ce moment-là, dans cet hôpital (et, oui, je m’attends à ce que cela vous semble dingue) alors que je me réveillais en pleine douleur et en plein délire, d’une certaine façon je savais que si je vivais, je devais retourner à cet endroit quand j’étais enfant. J’ai commencé à crier pour que vienne l’infirmière de nuit…
… parce que d’une certaine façon ma vie et The Princess Bride étaient liés pour toujours.
L’infirmière de nuit entra et je lui ai dit de me lire le Morgenstern.
« Le quoi, M. Goldman ? dit-elle.
- Commencez par le Zoo de la Mort, » lui dis-je. Puis j’ai dit : « Non, non, oubliez ça, commencez par les Falaises de la Démence. »
Elle me regarda de près, hocha la tête, dit : « Oh, bien, c’est exactement par là que je commencerai, mais j’ai laissé mon Morgenstern sur le bureau, je vais le chercher. »
La première chose que je me rappelle ensuite, Helen entra. Et plusieurs autres médecins. « Je suis allée à ton bureau, je pense que j’ai pris les bonnes pages. Alors qu’est-ce que tu veux que je te lise ?
- Je ne veux pas que toi tu me lises quoi que ce soit. Helen, tu n’as jamais aimé le livre, tu ne veux pas me le lire, tu te moques juste de moi, et de plus il n’y a pas de rôle pour toi…
- Je pourrais être Bouton d’Or…
- Oh, allez, elle a vingt-et-un an…
- Est-ce que c’est un scénario ? dit alors ce beau docteur. J’ai toujours voulu être une star du cinéma.
- Vous, faites l’homme en noir, » lui dis-je. Puis j’ai pointé le gros docteur à la porte. « Essayez Fezzik. »
C’est ainsi que j’ai entendu pour la première fois le scénario. Ces toubibs et ma femme de génie se débattant avec au milieu de la nuit pendant que je me gelais et suais et que la fièvre faisait rage en moi.
Je m’évanouis après un petit moment. Et je me souviens d’avoir pensé à la fin que le gros docteur n’était pas mal et que Helen, pas à sa place et tout, était une Bouton d’Or ok, et alors peu importe que le beau docteur soit emprunté, j’allais vivre.
Eh bien, c’était le début de la vie du scénario.
Le GG à la Fox l’envoya à Richard Lester à Londres – Lester dirigea, entre autres, A Hard Day’s Night, le fantastique premier film des Beatles – et nous nous sommes rencontrés, nous avons travaillé, résolu les problèmes. Le GG était excité, nous étions en plein…
… puis il fut viré, et un nouveau GG arriva pour le remplacer.
Voici ce qui arrive Là-Bas quand cela arrive : on enlève ses galons à l’ancien GG et sa capacité à entrer cher Morton les lundis soirs et il part, très riche – il avait un contrat pour cette éventualité – mais disgracié.
Et le nouveau GG prend le trône avec une seule règle fermement écrite dans la pierre : rien de ce que son prédécesseur avait commencé ne doit se faire. Pourquoi ? Disons que ça se réalise. Disons que c’est un succès. Qui en retire la gloire ? L’ancien GG. Et quand le nouveau GG, qui peut maintenant aller chez Morton les lundis soirs, doit s’exposer à la critique là-bas, il sait que tous ses pairs ricanent : « Ce trou du cul, ce n’était pas son film. »
La mort.
Alors The Princess Bride fut enterré, possiblement pour toujours.
Et j’ai réalisé que j’avais laissé le contrôle m’échapper. La Fox avait le livre. Alors peu importe que j’ai le scénario ; ils pouvaient en commander un autre. Ils pouvaient changer tout ce qu’ils voulaient. Alors j’ai fait quelque chose dont je suis vraiment fier. J’ai racheté le livre au studio, avec mon propre argent. Je pense qu’ils suspectaient que j’avais un contrat ou un plan, mais non. Je ne voulait simplement pas qu’un idiot détruise ce qu,e j’étais arrivé à réaliser, était la chose la plus important dans laquelle j’allais être impliqué.
Après un bon bout de négociation, il était à moi de nouveau. J’étais le seul idiot qui pouvait le détruire maintenant.
* * *
J’ai lu récemment que le très bon roman de Jack Finney Le Voyage de Simon Morley[2] a pris près de vingt ans et n’est toujours pas arrivé sur les écrans. The Princess Bride n’a pas été si long, mais pas tellement moins non plus. Je ne garde pas de notes, alors tout ceci est de mémoire. Comprenez bien, pour faire un film, il faut deux choses : de la passion et de l’argent. Beaucoup de gens, comme cela s’est trouvé, adoraient The Princess Bride. Je connais au moins deux GG différents qui en étaient fous. Qui me serrèrent la main pour le contrat. Qui voulaient le faire plus que tout autre film.
Qui furent tous les deux virés le week-end avant qu’ils ne mettent les choses en route. Un studio (un petit) ferma même le week-end avant qu’ils ne mettent les choses en route. Le scénario commença avoir une certaine réputation – un article le lista parmi les meilleurs qui n’ont jamais été tournés.
La vérité c’est que, après une décennie ou plus, je pensais que cela n’arriverait jamais. Chaque fois qu’il y avait un intérêt, je continuais à attendre qu’un pied vienne taper dedans – et cela arrivait toujours. Mais, sans que je le sache, des évènements avaient démarrés une décennie plus tôt qui seraient finalement mon salut.
Quand Butch Cassidy et le Kid fut fait, je sortis du business du film pendant un moment. (Nous sommes de retour à la fin des années 1960 maintenant.) Je voulais essayer quelque chose que je n’avais jamais fait, du non fictionnel.
J’ai écrit un livre sur Broadway intitulé The Season. Dans le courant de l’année je suis allé au théâtre des centaines de fois, à la fois à New York et ailleurs, j’ai tout vu au moins une fois. Mais le spectacle que j’ai le plus vu fut la terrible comédie intitulée Something Different, écrite par Carl Reiner[3].
Reiner me fut terriblement d’une grande aide, et je l’aimais beaucoup. Quand The Season fut fini je lui envoyai une copie. Quelques années plus tard, quand The Princess Bride fut fini, je lui envoyai le roman. Et un jour il le donna à son plus grand fils. « Voici quelque chose, dit-il à son garçon Robert[4]. Je pense que tu vas aimer. »
Rob était alors à une décennie de commencer sa carrière de réalisateur, mais en 1985 nous nous sommes rencontrés, et Norman Lear[5] (qu’il soit béni) nous donna l’argent pour continuer le film.
Gardons l’espoir.
* * *
Nous eûmes notre première lecture de script dans un hôtel à Londres au printemps 1986. Rob était là, comme son producteur Andy Scheinman. Cary Elwes et Robin Wright, Bouton d’Or et Westley, étaient là. Et il y avait aussi Chris Sarandon et Chris Guest, les vilains prince Humperdinck et comte Rugen, et Wally Shawn, le génie du mal Vizzini. Mandy Patinkin, qui jouait Inigo, était bien là. Et assis de son côté, silencieusement – il essayait toujours de s’asseoir silencieusement – il y avait André le Géant qui était Fezzik.
Pas n’importe qu’elle réunion.
Assis avec délice dans un coin, il y avait moi[6]. Deux personnalités majeures du business du cinéma de mon temps – Elia Kazan[7] et George Roy Hill[8] – m’ont dit la même chose en entretien : au moment de la première lecture par l’équipe, le plus important du travail est fait. Si vous avez fait un script qui marche et avez trouvé les bons acteurs, alors vous avez une chance d’avoir quelque chose de qualité. Mais sinon, peu importe la qualité du reste du processus ; vous êtes mort noyé.
Cela semble probablement de la folie pour non initiés, et c’est normal, mais c’est tout à fait vrai. La raison pour laquelle cela semble de la folie est celle-ci : le magazine Première n’est pas dans le coin quand le script est préparé. Entertainment Tonight n’est pas dans le coin pour le casting. Ils sont seulement dans le coin pendant le tournage, ce qui la partie la moins importante de la réalisation d’un film. Souvenez-vous de ceci : le tournage c’est juste l’usine qui assemble la voiture.
* * *
A. R. Roussimoff fut notre plus gros pari ce matin de répétition. Sous le nom d’André le Géant, il était le lutteur le plus connu du monde. J’étais convaincu que s’il devait jamais y avoir un film, il devait être Fezzik, l’homme le plus fort.
Rob pensait aussi qu’André pourrait être bon pour le rôle. Le problème était que personne ne pouvait le trouver. Il luttait 330 jours par an, toujours en voyage.
Alors nous avons continué en essayant de trouver quelqu’un d’autre. Le plus étrange casting que j’ai jamais vu. Ces gros gars entraient – nous parlons immense ici – mais ce n’était pas de géants. Occasionnellement nous trouvions un géant – mais soit il ne pouvait pas jouer, soit il était maigre, et un géant maigre n’était pas du tout ce dont nous avions besoin.
Toujours pas d’André.
Un jour Rob et Andy était en Florin pour faire une dernière reconnaissance des lieux quand un appel est arrivé – André serait à Paris l’après-midi suivante. Ils volèrent à sa rencontre. Pas facile puisque Florineville n’a aucune ligne directe vers aucune des capitales d’Europe. Sans parler que leurs horaires dépendent du nombre de passagers – tous les vols de Florin Air sont complets parce qu’ils attendent qu’ils le soient avant de décoller. Ils autorisent même les gens à s’asseoir dans les ailes. (Je n’ai vu ça moi-même qu’une seule fois, en Russie, une excursion cauchemardesque de Tbilissi à Saint-Pétersbourg.) Finalement, Rob et Andy durent affréter un minuscule avion à hélice pour être au rendez-vous. Ils allèrent au Ritz, où le portier leur dit, d’une voix étrange : « Il y a un homme qui vous attend au bar. »
André, pour moi, était comme le Pentagone – peu importe à quel point on vous dit qu’il est grand, quand vous vous approchez, c’est encore plus grand.
André était encore plus grand.
Ses mensurations enregistrées étaient de 250 kg, 2,28 m. Mais il n’était pas sûr et il ne passait pas beaucoup de temps à s’agiter sur la balance tous les matins. Il a été malade un jour, m’a-t-il raconté, et il a perdu 45 kg en trois semaines. Mais en dehors de ça il ne parlait jamais de ses mensurations.
Ils papotèrent au bar, ils montèrent dans la chambre de Rob où ils étudièrent le script. Deux choses étaient claires : André avait un très embêtant accent français et, pire, sa voix venait du sous-sol.
Rob paria et lui donna le rôle. Il enregistra aussi le rôle d’André sur cassette pour lui – ligne par ligne, heureusement avec le ton – pour qu’André puisse le prendre avec lui sur la route et l’étudier dans les mois précédents les répétitions.
La répétition ce matin londonien fut intentionnellement légère : deux lectures du script, quelques commentaires. C’était une belle après-midi quand nous nous arrêtèrent pour déjeuner, et nous trouvèrent un bistro à côté avec une terrasse. C’était parfait en dehors du fait que la chaise était bien trop petite pour André – la largeur était pour les gens normaux, les accoudoirs étaient trop rapprochés. Il y avait une table à l’intérieur avec un banc, et quelqu’un suggéra que de manger là. Mais André ne voulait pas en entendre parler. Alors nous nous sommes assis dehors. Je peux encore le voir tordre les accoudoirs en métal vers l’extérieur, se glisser dedans, puis regarder les accoudoirs se remettre en place pour lui entrer dans les côtes le reste du repas. Il mangeât très peu. Et les couverts étaient comme des jouets de bébé, rapetissés par ses mains.
Après le déjeuner nous répétâmes encore, en jouant les scènes cette fois-ci, et André travaillait avec notre Inigo, Mandy Patinkin. André avait clairement étudié les cassettes de Rob – mais c’était indéniable que sa lecture était lente, avec plus qu’un petit air de par cœur.
Ils étaient en train de faire la scène après leurs retrouvailles. Mandy essayait d’avoir des informations d’André et André lui donnait une de ses lentes lectures apprises par cœur. Mandy en Inigo essaya de faire aller Fezzik plus vite. André lui donna une autre de ses lentes réponses. Ils revinrent en arrière et essayèrent encore et encore. Mandy en Inigo demanda à André en Fezzik d’aller plus vite – et André revint avec la même vitesse qu’avant…
… et c’est à ce moment que Mandy dit : « Plus vite, Fezzik ! » Et sans prévenir il frappa le Géant au visage.
Je peux encore voir les yeux d’André s’écarquiller. Je ne pense pas qu’il ait été giflé en dehors du ring depuis qu’il était un petit garçon. Il regarda Mandy… et il y eut une courte pause. Un silence de mort emplit la pièce.
Et puis André commença à parler plus vite. Il sauta sur l’occasion, donnant plus de rythme et d’énergie. On pouvait presque le voir penser : « Oh, voilà comment ça se passe en dehors du ring, essayons un peu. » En vérité, cette gifle fut le début de la période la plus heureuse de sa vie.
Ce fut un moment merveilleux pour moi aussi. Après la décennie et plus à attendre, le livre le plus important de ma jeunesse venait à la vie devant mes yeux. Quand il fut finit et que je le vis pour la première fois, j’ai réalisé que, dans toute ma carrière, je n’ai vraiment aimé que deux des films dans lesquels j’ai été impliqué : Butch Cassidy et le Kid et The Princess Bride.
Mais le film a fait tellement plus que me plaire. Il a ramené le livre à la vie. J’ai commencé à nouveau à recevoir ces merveilleuses lettres. J’en ai reçue une aujourd’hui – parole de scout – d’un type de L.A. qui a été plaqué par sa Bouton d’Or et, après une décennie de séparation, a entendu dire qu’elle avait des problèmes. Alors il lui a envoyé une copie du roman et, eh bien, visiblement ils sont de nouveau ensemble. Vous ne pensez pas que c’est merveilleux – spécialement pour quelqu’un comme moi qui ai passé ma vie dans ma grotte à écrire – de toucher un autre humain ? Ça ne peut pas être mieux.
Bien sûr, avec les bonnes choses, j’ai des regrets. Je suis désolé des problèmes légaux avec la propriété Morgenstern, dont je parlerai plus tard. Je suis désolé qu’Helen et moi ayons fait pffft. (Ce n’ai pas que nous ne savions pas tous les deux que ça allait arriver – mais devait-elle partir le jour même de la sortie du film à New York ?) Et je suis vraiment désolé que les Falaises de la Démence soient maintenant devenues la plus grosse attraction touristique de Florin, faisant un enfer de la vie de ses gardes forestiers.
Mais c’est la vie sur terre, on ne peut pas tout avoir.
[1] Le Greenlight Guy, ou l’homme feu vert, est la personne qui donne son accord pour financer un film, compte tenu du budget proposé. Je n’ai pas trouvé d’équivalent français. NDTL.
[2] Time and Again. NDLT.
[3] Carl Reiner est un acteur, scénariste et réalisateur à succès. Il a, entre autres, écrit et réalisé Les cadavres ne portent pas de costard (Dead Men Don't Wear Plaid) et il a joué dans Ocean’s eleven, Ocean’s twelve et Ocean’s thirteen. NDLT.
[4] Rob Reiner, acteur, scénarite, réalisateur et producteur, est connu pour avoir produit et réalisé Quand Harry rencontre Sally (When Harry Met Sally) et il a joué, parmi de très nombreux films, dans En direct sur EdTV (EdTV). NDLT.
[5] Acteur, scénariste et producteur, il a été le producteur exécutif de Beignets de tomates vertes (Fried Green Tomatoes at the Whistle Stop Cafe). NDLT.
[6] En français dans le texte. NDLT.
[7] Réalisateur et metteur en scène : Un Tramway nommé désir (A Streetcar Named Desire).
[8] Scénariste, réalisateur et producteur : Butch Cassidy et le Kid (Butch Cassidy and the Sundance Kid) !
vendredi 05 janvier
The Princess Bride - Huit, Lune de miel
Étant donné que la panique était bien en route, Yellin réalisa qu’il n’avait presque aucune chance d’avoir les choses immédiatement sous contrôle. De plus, le géant était terriblement proche maintenant, et le rugissement « pas de survivants » rendait très difficile toute pensée raisonnable, mais heureusement il eut le bon sens d’attraper la seule et unique clef du château et de la cacher sur sa personne.
Heureusement aussi, Westley avait le bon sens de chercher de tels comportements. « Donnez-moi la clef, » dit Westley à Yellin, une fois qu’Inigo eut son épée sur la pomme d’Adam de Yellin.
« Je n’ai pas de clef, répliqua Yellin. Je jure sur la tombe de mes parents ; que l’âme de ma mère grésille pour toujours dans le tourment si je mens.
- Arrache-lui les bras, » dit Westley à Fezzik, qui grésillait lui-même un peu maintenant, parce qu’il y avait une limite au temps pendant lequel un manteau d’holocauste était utile, et il voulait se déshabiller un peu, mais avant de le faire, il avança vers les bras de Yellin.
« Cette clef, vous voulez dire ? » dit Yellin, et il la lâcha, et après qu’Inigo eut rangé son épée, ils le laissèrent fuir.
« Ouvre la porte, dit Westley à Fezzik.
- J’ai si chaud, dit Fezzik, puis-je enlever cette chose, s’il te plaît ? » et après le hochement de tête de Westley, il arracha le manteau en flammes et le laissa sur le sol, puis il déverrouilla la porte et l’ouvrit assez pour qu’ils puissent passer.
« Ferme-la et garde la clef, Fezzik, dit Westley. Il doit être 5 h 30 passées maintenant ; encore une demi-heure pour arrêter le mariage.
- Que faisons-nous après avoir gagné ? » dit Fezzik, tournant la clef, forçant la grande porte à se fermer. « Où nous retrouverons-nous ? Je suis le genre de gars qui a besoin d’instructions. »
Avant que Westley puisse répondre, Inigo hurla et sortit son épée. Le comte Rugen et quatre gardes du palais tournaient à un coin et couraient vers eux. Il était alors 5 h 34.
* * *
Le mariage lui-même ne dura pas plus tard que 5 h 31, et Humperdinck dut utiliser toutes ses capacités de persuasions pour pouvoir en arriver seulement là. Comme les hurlements de l’extérieur dépassaient toutes les frontières de la bienséance, le Prince interrompit l’Archidoyen avec les manières les plus douces et dit : « Sainteté, mon amour étouffe mes capacités à attendre… s’il vous plaît sautez jusqu’à la fin du service. »
Il était alors 5 h 27.
« Humperdinck et Bouton d’Or, dit l’Archidoyen, je suis très vieux et j’ai peu de choses à dire sur le mariage, mais je pense devoir vous les dire en ce jour heureux. » (L’Archidoyen ne pouvait absolument rien entendre, et il était ainsi affaibli depuis ses quatre-vingt-cinq ans ou presque. Le seul véritable changement qui lui était advenu depuis ses années passées était que, pour une quelconque raison, son défaut d’élocution avait empiré. « Bariadge, dit-il. Très bieux. » À moins que vous ne payiez une grande attention à son titre et à ses exploits passés, il était très dur de le prendre au sérieux.)
« Le bariadge… commença l’Archidoyen.
- À nouveau, Sainteté, je vous interromps au nom de l’amour. Je vous en prie, dépêchez-vous aussi vite que vous le pouvez.
- Le bariadge est un rêbe dans un rêbe. »
Bouton d’Or ne faisait que peu attention à ce qui se passait autour d’elle. Westley doit courir le long des couloirs maintenant. Il court toujours si merveilleusement. Même quand ils étaient à la ferme, bien avant qu’elle ne connaisse le fond de son cœur, c’était bon de le voir courir.
Le comte Rugen était la seule autre personne dans la salle, et le tumulte à la porte l’énervait au plus haut point. De l’autre côté de la porte il avait ses quatre meilleurs escrimeurs, pour que personne ne puisse entrer dans la minuscule chapelle, mais, quand même, il y avait beaucoup de gens qui hurlaient là où aurait dû être la brigade de brutes. Les quatre gardes étaient les seuls dans le château, car le Prince n’avait besoin d’aucun spectateur pour les évènements qui allaient bientôt arriver. Si seulement cet idiot d’ecclésiastique voulait hâter un peu les choses. Il était déjà 5 h 29.
« Le rêbe de l’abou enbellové dans le rêbe encore vlus grand du revos étermel. L’étermité est motre abie, soubemez-bous en, et l’abou bous suibra vour toudjours. »
Il était 5 h 30 quand le Prince se leva et s’approcha de l’Archidoyen avec fermeté. « Mari et femme, cria-t-il. Mari et femme. Dites-le !
- Je n’y suis pas encore, répondit l’Archidoyen.
- Vous y êtes juste, répliqua le Prince. Maintenant ! »
Bouton d’Or pouvait voir Westley tournant dans le dernier couloir. Il y avait quatre gardes qui attendaient dehors. À dix secondes par garde, commença-t-elle à compter, mais alors elle s’arrêta, parce que les chiffres avaient toujours été ses ennemis. Elle baissa les yeux vers ses mains. Oh, j’espère qu’il pense toujours que je suis jolie, pensa-t-elle ; ces cauchemars m’ont beaucoup pris.
« Mari et femme, vous êtes marie et femme, dit l’Archidoyen.
- Merci, votre Sainteté, dit le Prince en se tournant vers Rugen. Arrêtez cette agitation ! » commanda-t-il, et avant que ses mots soient finis, le Comte courait vers la porte de la chapelle.
Il était 5 h 31.
* * *
Cela prit trois minutes entières au Comte et aux gardes pour atteindre la porte, et quand ils furent, le Comte ne pouvait pas le croire… il avait vu Westley être tué, et maintenant il y avait Westley. Et avec un géant et un type basané aux étranges cicatrices. Quelque chose dans les cicatrices jumelles réveilla sa mémoire, mais ce n’était pas le moment des réminiscences. « Tuez-les, dit-il aux escrimeurs, mais épargnez celui de taille moyenne jusqu’à ce que je vous le dise » et les quatre gardes tirèrent leur épée…
…mais trop tard ; trop tard et trop lentement, parce que Fezzik passa devant Westley, Inigo attaqua, la grande épée éblouissante, et les quatre gardes furent morts avant que le premier ait eu assez de temps pour tomber à terre.
Inigo se tint immobile un instant, essoufflé. Puis il fit demi-tour en direction du comte Rugen et exécuta un rapide et magnifique salut. « Bonjour, dit-il. Mon nom est Inigo Montoya. Vous avez tué mon père. Préparez-vous à mourir. »
Et en réponse, le Comte fit une chose véritablement remarquable et inattendue : il se tourna et fuit. Il était alors 5 h 37.
* * *
Le roi Lotharon et la reine Bella arrivèrent à la chapelle à temps pour voir le comte Rugen menant ses quatre gardes dans une charge le long du corridor.
- Sommes-nous en avance ? dit la reine Bella, alors qu’ils entraient dans la chapelle et trouvaient Bouton d’Or et Humperdinck et l’Archidoyen.
- Il se passe beaucoup de choses, dit le Prince. Tout, à son heure, deviendra parfaitement clair. Mais j’ai peur qu’il y ait une forte possibilité que, en cet instant précis, les Guildériens n’attaquent. J’ai besoin de temps seul dans le jardin pour former mes plans de bataille, alors puis-je prévaloir de vous pour escorter personnellement Bouton d’Or à ma chambre à coucher ? »
Sa requête fut, naturellement, accordée. Le Prince les poussa dehors, et, après un arrêt pour ouvrir un placard et sortir plusieurs paires de bottes qui avaient appartenues à des soldats guildériens, il courut dehors.
Bouton d’Or, pour sa part, marcha très lentement et paisiblement entre le vieux Roi et la Reine. Ça n’était pas la peine de s’inquiéter, pas avec Westley là pour arrêter son mariage et l’emmener pour toujours. La vérité de la situation n’eut pas de véritable effet avant qu’elle ne soit à mi-chemin de la chambre d’Humperdinck.
Il n’y avait pas de Westley.
Pas de doux Westley. Il n’avait pas trouvé bon de venir pour elle.
Elle lâcha un terrible soupir. Pas tant de tristesse que d’adieu. Une fois dans la chambre d’Humperdinck, c’en serait fini. Il avait une splendide collection d’épée et de couteaux.
Elle n’avait jamais sérieusement considéré l’idée du suicide avant. Oh, bien sûr elle y avait pensé ; chaque jeune fille le fait de temps en temps. Mais jamais sérieusement. À sa tranquille surprise, elle trouva que cela allait être la chose la plus facile au monde. Elle atteignit la chambre du Prince, dit bonne nuit à la famille royale, et alla directement vers le mur couvert d’armes. Il était alors 5 h 46.
* * *
Inigo, à 5 h 37, fut si étonné par la lâcheté du Comte que pendant un moment il ne bougea pas. Puis il le poursuivit et, bien sûr, il fut plus rapide, mais le Comte passa une porte, la claqua et la ferma à clef, et Inigo fut incapable de faire broncher la chose. « Fezzik, appela-t-il désespérément, Fezzik, casse-la. »
Mais Fezzik était avec Westley. C’était son boulot, rester avec Westley et le protéger, et bien qu’ils fussent toujours visibles par Inigo, Fezzik ne pouvait rien faire ; Westley avait déjà commencé à marcher. Lentement. Faiblement. Mais, de sa propre volonté, il marchait.
« Enfonce-là, répliqua Fezzik. Frappe fort avec l’épaule. Elle cédera pour toi. »
Inigo enfonça la porte. Il frappa et frappa de son épaule, mais il était fin, la porte non. « Il m’échappe, dit Inigo.
- Mais Westley est sans défense, lui rappela Fezzik.
- Fezzik, j’ai besoin de toi, hurla Inigo.
- Je reviens dans une minute, » dit Fezzik, parce qu’il y a des choses qu’on fait, peu importe la situation, et quand un ami a besoin d’aide, on l’aide.
Westley hocha la tête, continua de marcher, toujours lentement, toujours faiblement, mais toujours capable de bouger.
« Dépêche-toi, » le pressa Inigo.
Fezzik se dépêcha. Il s’abattit sur la porte fermée ; jeta fort sa masse dessus.
La porte tint.
« S’il te plaît, le pressa Inigo.
- Je vais l’avoir, je vais l’avoir, » promit Fezzik, et il recula de quelques pas cette fois-ci, puis envoya son épaule contre le bois.
La porte céda un peu. Un peu. Mais pas assez.
Fezzik s’en éloigna alors. Avec un rugissement il chargea à travers le couloir et quand il fut proche il quitta le sol du château avec ses deux pieds et la porte se fendit.
« Merci, merci, » dit Inigo, déjà à moitié dans la porte cassée.
« Oui, mais qu’est-ce que je fais maintenant ? appela Fezzik.
- Retourne avec Westley, » répondit Inigo, en plein vol maintenant, et il commença à chercher à travers une série de pièces.
« Stupide, » se punit lui-même Fezzik, et il se tourna et rejoignit Westley. Seulement Westley n’était plus là. Fezzik pouvait sentir la panique apparaître en lui. Il y avait une demi-douzaine de couloirs possibles. « Lequel lequel lequel ? » dit Fezzik, essayant de deviner, essayant pour une fois dans sa vie de faire bien quelque chose. « Tu vas choisir le mauvais, comme je te connais, » dit-il à haute voix, et puis il prit un couloir et commença à courir aussi vite qu’il le pouvait.
Il prit bien le mauvais.
Westley était tout seul maintenant.
* * *
Inigo gagnait du terrain. Il pouvait voir, instant après instant, des flashes du noble en fuite dans la pièce suivante, et quand il arrivait à cet endroit, le Comte était dans la pièce suivante. Mais chaque fois, Inigo gagnait du terrain. À 5 h 40, il pensait qu’il allait, après une chasse de vingt-cinq ans, être seul dans une pièce avec sa vengeance.
* * *
À 5 h 48, Bouton d’Or sentait assez sûrement qu’elle allait mourir. Elle en était à une minute, debout devant les couteaux du Prince. La plus mortelle semblait être la plus usée, le poignard florin. Pointu d’un côté, il entrait facilement, finissant en triangle près de la garde. Pour un saignement plus rapide, disait-on. Ils étaient faits de diverses tailles, et celui du Prince semblait être une des plus grandes, aussi large qu’un poing au niveau de la poignée. Elle le retira du mur, le mit sur son cœur.
« Il y a toujours trop peu de poitrines parfaites dans ce monde, laisse la tienne, » entendit-elle. Et il y avait Westley sur le lit. Il était 5 h 48, et elle savait qu’elle n’allait jamais mourir.
Westley, pour sa part, pensait qu’il avait toujours jusqu’à 6 h 15 pour en finir. C’était, bien sûr, quand l’heure serait passée, seulement il n’avait pas une heure ; juste quarante minutes. Jusqu’à 5 h 55, en fait. Encore sept minutes. Mais, comme on l’a dit, il n’avait aucune chance de le savoir.
* * *
Et Inigo n’avait aucune chance de savoir que le comte Rugen avait un poignard florin. Ni qu’il était un expert de la chose. Cela prit à Inigo jusqu’à 5 h 41 avant qu’il ne puisse vraiment coincer le Comte. Dans une salle de billard. « Bonjour, allait-il dire. Mon nom est Inigo Montoya ; vous avez tué mon père ; préparez-vous à mourir. » Ce qu’il réussit réellement à dire fut quelque chose comme : « Bonjour, mon nom est Ini… »
Et puis le poignard réarrangea ses entrailles. La force du coup l’envoya chanceler dans un mur. Le flot de sang l’affaiblit si vite qu’il ne put rester sur pied. « Domingo, Domingo, » murmura-t-il, et puis il fut, à quarante-deux minutes passées de cinq, perdu sur ses genoux…
* * *
Bouton d’Or fut désarçonnée par le comportement de Westley. Elle courut vers lui, s’attendant à le rencontrer à mi-chemin dans une folle embrassade. Au lieu de cela, il ne fit que lui sourire et resta où il était, couché sur l’oreiller du Prince, une épée près de son corps.
Bouton d’Or continua son chemin seule et tomba sur son très cher et unique Westley.
« Doucement, dit-il.
- À un moment comme celui-là c’est tout ce que tu penses à dire ? "Doucement" ?
- Doucement, » répéta Westley, pas si doucement cette fois-ci.
Elle s’éloigna. « Es-tu en colère contre moi parce que je me suis mariée ? se demanda-t-elle.
- Tu n’es pas mariée, » dit-il, gentiment. Étrange comment était sa voix. « Pas dans mon Église ni dans aucune autre
- Mais ce vieil homme a bien prononcé…
- On peut devenir veuve. Tous les jours… n’est-ce pas, Votre Majesté ? » Et maintenant sa voix était plus forte alors qu’il s’adressait au Prince, qui entra, des bottes boueuses à la main.
Le prince Humperdinck plongea sur son arme, et une épée étincela dans ses mains épaisses. « À mort, » dit-il en avançant.
Westley secoua doucement la tête. « Non, corrigea-t-il. À la souffrance. »
C’était une phrase étrange, et pendant un instant cela coupa un peu le Prince. De plus, pourquoi ce type était couché là ? Où était le piège ? « Je pense ne pas bien comprendre cela. »
Westley ne bougeait pas mais il souriait encore plus maintenant. « Je serais trop heureux de vous expliquer. » Il était 5 h 50 maintenant. Encore vingt-cinq minutes en sûreté. (Il y en avait cinq. Il ne le savait pas. Comment aurait-il pu le savoir ?) Lentement, prudemment, il commença à parler…
* * *
Inigo parlait aussi. Il était toujours 5 h 42 quand il murmura : « Je suis… désolé… Père… »
Le comte Rugen entendit les mots mais rien ne fit réellement connexion jusqu’à ce qu’il voie l’épée toujours dans la main d’Inigo. « Tu es ce petit morveux d’Espagnol à qui j’ai donné une leçon, » dit-il, s’approchant, examinant les cicatrices. « C’est simplement incroyable. M’as-tu recherché toutes ces années seulement pour échouer maintenant ? Je pense que c’est la pire chose que j’ai jamais entendue ; comme c’est merveilleux. »
Inigo ne pouvait rien dire. Le sang jaillissait de son ventre.
Le comte Rugen tira son épée.
« … désolé, Père… Je suis désolé… »
« Je ne veux pas de tes "désolé" ! Mon nom est Domingo Montoya et je suis mort pour cette épée et tu peux garder tes "désolé". Si tu devais échouer, pourquoi n’es-tu pas mort il y a des années et ne m’as-tu pas laissé reposer en paix ? » Et puis MacPherson était après lui aussi… « Les Espagnols ! Je n’aurais jamais dû essayer d’enseigner un Espagnol ; ils sont stupides, ils oublient, que fait-on avec une blessure ? Combien de fois t’ai-je enseigné – que fait-on avec une blessure ? »
« Couvre-la… » dit Inigo, et il retira le couteau de son corps et fourra son poing gauche dans l’hémorragie.
Les yeux d’Inigo se fixèrent de nouveau, pas bien, pas parfaitement, mais assez pour voir la lame du Comte comme elle approchait de son cœur, et Inigo ne pouvait pas faire grand chose de cette attaque, il la para vaguement, poussa la pointe de la lame dans son épaule gauche où elle ne pouvait pas faire de mal insurmontable.
Le comte Rugen fut un peu surpris que sa pointe soit détournée, mais il n’y avait pas de mal à percer l’épaule d’un homme sans défense. On n’était pas pressé quand on le tenait.
MacPherson hurlait de nouveau… « Les Espagnols ! Donnez-moi un Polaque quand vous voulez ; au moins les Polaques se souviennent d’utiliser un mur quand ils en ont un ; seuls les Espagnols oublieraient de se servir d’un mur… »
Lentement, centimètre par centimètre, Inigo força son corps à remonter contre le mur, utilisant ses jambes seulement pour pousser, laissant le mur supporter tout ce qui était nécessaire.
Le comte Rugen frappa encore, mais pour un certain nombre de raisons, très probablement parce qu’il ne s’était pas attendu au geste de l’autre homme, il rata le cœur et dut être content de mener sa lame dans le bras gauche de l’Espagnol.
Inigo ne s’en fit pas. Il ne le sentit même pas. Son bras droit était là où se portait son intérêt, et il sera le pommeau et il y avait de la force dans sa main, assez pour donner un petit coup à l’ennemi, et le comte Rugen ne s’était pas attendu à ça non plus, alors il laissa échapper un petit cri involontaire et recula pour réévaluer la situation.
La force coulait du cœur d’Inigo dans son épaule droite et de son épaule à ses doigts et puis dans la grande épée à six doigts et il poussa le mur, avec un murmure : « … bonjour… mon nom est… Inigo Montoya ; vous avez tué… mon père ; préparez-vous à mourir. »
Et ils croisèrent leurs épées.
Le Comte se lança pour une mort rapide, la Bonetti inversée.
Impossible.
« Bonjour… mon nom est Inigo Montoya ; vous avez tué mon père… préparez-vous à mourir… »
À nouveau ils croisèrent le fer, et le Comte fit une défense Morozzo, parce que le sang coulait toujours.
Inigo enfonça son poing plus profondément en lui. « Bonjour, mon nom est Inigo Montoya ; vous avez tué mon père, préparez-vous à mourir. »
Le Comte fit retraite autour de la table de billard.
Inigo glissa dans son propre sang.
Le Comte continua de faire retraite, attendant, attendant.
« Bonjour, mon nom est Inigo Montoya ; vous avez tué mon père ; préparez-vous à mourir. » Il enterra son poing et il ne voulait pas penser à ce qu’il touchait et poussait et tenait en place mais pour la première fois il se sentit capable d’essayer un geste, alors l’épée à six doigts étincela…
… et il y avait une coupure le long de la joue du comte Rugen…
… un autre éclair…
… une autre coupure, parallèle, saignante…
« Bonjour, mon nom est Inigo Montoya ; vous avez tué mon père ; préparez-vous à mourir. »
« Arrêtez de dire ça ! » Le Comte commençait à faire l’expérience d’une perte de nerfs.
Inigo avança vers l’épaule gauche du Comte, comme le Comte avait blessé la sienne. Puis il alla vers le bras gauche du Comte, au même endroit où le Comte l’avait percé. « Bonjour. » Plus fort maintenant. « Bonjour ! Bonjour, mon nom est Inigo Montoya ; vous avez tué mon père ; préparez-vous à mourir.
- Non…
- Offrez-moi de l’argent…
- Tout, dit le Comte.
- Du pouvoir aussi. Promettez-moi ça.
- Tout ce que j’ai et plus. Je vous en prie.
- Offrez-moi tout ce que je demande.
- Oui. Oui. Demandez.
- Je veux Domingo Montoya, fils de pute, » et l’épée à six doigts frappa encore.
Le Comte hurla.
« C’était juste à gauche de votre cœur. » Inigo frappa encore.
Un autre hurlement.
« C’était sous votre cœur. Pouvez-vous deviner ce que je fais ?
- Découpez mon cœur.
- Vous avez pris le mien quand j’avais dix ans ; je veux le vôtre maintenant. Nous aimons la justice, vous et moi – qu’est-ce qui pourrait être plus juste que ça ? »
Le Comte hurla une dernière fois et puis s’écroula, mort de peur.
Inigo le regarda. Le visage glacé du Comte était pétrifié et cendreux et du sang coulait toujours des coupures parallèles. Ses yeux saillaient, pleins d’horreur et de souffrance. C’était splendide. Si vous aimez ce genre de choses.
Inigo adorait.
Il était 5 h 50 quand il tituba hors de la pièce, allant il ne savait où ni pour combien de temps, mais espérant seulement que celui qui l’avait guidé jusque là ne l’abandonnerait pas maintenant…
* * *
« Je vais vous dire quelque chose une fois et puis cela dépendra de vous si vous mourez ou pas, » dit Westley, agréablement étendu sur le lit. De l’autre côté de la pièce, le Prince tenait haut son épée. « Ce que je vais vous dire c’est ceci : lâchez votre épée, et si vous le faîtes, alors je partirai avec ce bagage là – il regarda Bouton d’Or – et vous serez attaché mais pas fermement, et vous serez bientôt libre de faire vos affaires. Et si vous choisissez de vous battre, eh bien, nous ne partirons pas tous les deux vivants.
- Je pense pouvoir respirer encore longtemps, dit le Prince. Je pense que vous bluffez… vous avez été prisonnier pendant des mois et je vous ai moi-même tué il y a moins de vingt-quatre heures, alors je doute qu’il vous reste beaucoup de force dans le bras.
- Possible, accorda Westley, et quand le moment viendra, souvenez-vous de ceci : je pourrais bluffer en effet. Je pourrais, en fait, être étendu ici parce que je n’ai pas la force d’être debout. Tout ceci, pesez-le avec attention.
- Vous êtes en vie maintenant seulement parce que vous avez dit "à la souffrance". Je veux que vous m’expliquiez cette phrase.
- Ce sera un plaisir. » Il était alors 5 h 52. Encore trois minutes. Il pensait en avoir dix-huit. Il prit une longue pause, puis commença à parler. « Certainement, vous avez dû deviner que je ne suis pas n’importe quel marin. Je suis, en fait, Robert lui-même.
- Je suis, en fait, absolument pas surpris ni intimidé.
- À la souffrance signifie ceci : si nous combattons en duel et que vous gagnez, la mort pour moi. Si nous combattons en duel et que je gagne, la vie pour vous. Mais la vie selon mes conditions.
- Ce qui signifie ? » Tout ceci pouvait toujours être un piège. Son corps était prêt.
« Il y a ceux qui vous accordent le mérite d’un talent de chasseur, bien que je trouve cela douteux. »
Le Prince sourit. Ce type le cherchait. Pourquoi ?
« Et si vous chassez bien, alors certainement, quand vous avez poursuivi votre dame, vous devez avoir commencé aux Falaises de la Démence. Un duel a eu lieu là-bas et si vous avez remarqué les mouvements et les coups, vous devez savoir que c’étaient des maîtres qui se sont battus. Et c’était le cas. Souvenez-vous de ceci : j’ai gagné le duel. Et je suis un pirate. Nous avons nos trucs à nous à l’épée. »
Il était 5 h 53. « Je ne suis pas un débutant à l’épée.
- La première chose que vous perdrez sera vos pieds, dit Westley. Le gauche, puis le droit. Sous la cheville. Vous aurez des moignons utilisables dans six mois. Puis vos mains, au poignet. Elles cicatrisent un peu plus vites. Cinq mois est une bonne moyenne. » Et maintenant Westley commençait à être conscient de changements étranges dans son corps et il commença à parler plus vite, plus vite et plus fort. « Ensuite votre nez. Plus de parfum du matin pour vous. Suivi par votre langue. Profondément coupée. Même pas un moignon de reste. Et puis votre œil gauche…
- Et puis mon œil droit et puis mes oreilles, et pouvons-nous passer à la suite ? » dit le Prince. Il était 5 h 54.
« Faux ! » La voix de Westley retentit dans la pièce. « Vos oreilles vous les garderez, pour que vous chérissiez chaque hurlement de chaque enfant voyant votre hideur – chaque bébé qui pleurera de peur à votre approche, chaque femme qui criera "Mon Dieu, qu’elle est cette chose ?" résonnera pour toujours dans vos oreilles parfaites. C’est ce que "à la souffrance" signifie. Cela signifie que je vous laisse vivre dans l’angoisse, dans l’humiliation, dans une misère monstrueuse jusqu’à ce que vous ne puissiez plus le supporter ; voilà vous comprenez, porc, là vous savez, espèce de misérable vomit, et je le dis maintenant, et vivez ou mourrez, c’est vous qui voyez : lâchez votre épée ! »
L’épée s’écrasa au sol.
Il était 5 h 55.
Les yeux de Westley se révulsèrent et son corps se plia et tomba à moitié du lit et le Prince le vit et se baissa, attrapa son épée, se leva, commença à la lever, quand Westley cria : « Maintenant, vous allez souffrir : à la souffrance ! » Ses yeux étaient ouverts à nouveau.
Ouverts et étincelants.
« Je suis désolé ; je ne le voulais pas, non ; écoutez, » et le Prince lâcha son épée une seconde fois.
« Attache-le, dit Westley à Bouton d’Or. Dépêche-toi… utilise les cordons des rideaux ; ça semble suffisant pour le tenir…
- Tu le ferais tellement mieux que moi, répliqua Bouton d’Or. Je vais prendre les cordons, mais je pense vraiment que tu devrais le faire toi-même.
- Femme, rugit Westley, tu es la propriété de Robert le Redoutable Pirate et fais… ce… qu’on… te… dit ! »
Bouton d’Or attrapa les cordons et fit ce qu’elle put pour attacher son mari.
Humperdinck resta couché pendant ce temps. Il semblait étrangement heureux. « Je n’avais pas peur de vous, dit-il à Westley. J’ai lâché mon épée parce que ça sera un plaisir plus grand encore de vous pourchasser.
- Vous pensez ça, hein ? Je doute que vous nous trouviez.
- Je conquerrai Guilder et puis je vous chercherai. Le coin où vous y attendrai le moins, quand vous le tournerez, vous m’y trouverez vous attendant.
- Je suis le Roi de la mer… Je vous attends avec plaisir. » Il appela Bouton d’Or. « Il est attaché maintenant ?
- Plus ou moins. »
Il eut un mouvement à porte et puis Inigo fut là. Bouton d’Or cria à la vue du sang. Inigo l’ignora, regarda autour de lui. « Où est Fezzik ?
- Il n’est pas avec toi ? » dit Westley.
Inigo se tint un instant contre le mur le plus proche, retrouvant de la force. Puis il dit : « Aidez-le à se lever » à Bouton d’Or.
« Westley ? répliqua Bouton d’Or. Pourquoi a-t-il besoin de moi pour l’aider à se lever ?
- Parce qu’il n’a pas de force, maintenant, faites ce qu’on vous dit, » dit Inigo, et alors soudainement sur le sol, le Prince commença à se battre avec les cordons et il était attaché, et bien attaché, mais la force et la colère était toutes les deux de son côté.
« Vous bluffiez ; j’avais raison dès le début, » dit Humperdinck, et Inigo dit : « Ce n’était pas très intelligent de ma part de laisser échapper ça, je suis désolé, » et Westley dit : « As-tu enfin gagné ton combat ? » et Inigo dit : « Oui, » et Westley dit : « Essayons de trouver un endroit pour nous défendre ; au moins, peut-être pouvons-nous rester ensemble, » et Bouton d’Or dit : « Je vais t’aider, mon pauvre chéri, » et Fezzik dit : « Oh, Inigo, j’ai besoin de toi, s’il te plaît, Inigo ; je suis perdu et pitoyable et effrayé et j’ai juste besoin de voir un visage amical. »
Ils avancèrent lentement vers la fenêtre.
Fezzik errait perdu et dépité dans le jardin du Prince, menant les quatre gigantesques blancs.
« Ici, chuchota Inigo
- Trois visages amicaux, » dit Fezzik, sautant à pieds joints, ce qu’il faisait toujours quand les choses allaient mieux. « Oh, Inigo, j’ai tout raté et je me suis perdu et quand je suis tombé sur les étables et que j’ai trouvé ses jolis chevaux j’ai pensé que quatre il y en avait et que quatre nous étions aussi, si nous trouvions la dame – bonjour, madame – et j’ai pensé : pourquoi ne pas les emmener avec moi au cas où nous tomberions tous les uns sur les autres. » Il s’arrêta un moment, réfléchissant. « Et je pense que c’est le cas. »
Inigo était terriblement excité. « Fezzik, tu as pensé par toi-même, » dit-il.
Fezzik réfléchit à ça un moment aussi. « Tu veux dire que tu n’es pas fâché contre moi de m’être perdu ?
- Si seulement nous avions une échelle… commença Bouton d’Or.
- Oh, vous n’avez pas besoin d’échelle pour descendre ici, dit Fezzik ; ça ne fait que six mètres, je vous attraperai, seulement faites-le un à la fois, s’il vous plaît ; il n’y a pas assez de lumière, alors si vous venez tous en même temps je pourrai en manquer un. »
Alors pendant qu’Humperdinck se débattait, ils sautèrent, un à la fois, et Fezzik les attrapa gentiment et les mit sur les blancs, et il avait toujours la clef alors ils purent sortir par la porte principale, et en dehors du fait que Yellin avait regroupé la brigade de brutes, ils seraient sortis sans aucun problème. Ainsi, quand Fezzik ouvrit la porte, ils ne virent que des brutes armées en formation, Yellin à leur tête. Et aucun ne souriait.
Westley secoua la tête. « Je suis à court d’idées.
- C’est un jeu d’enfant, » dit, de toutes les personnes, Bouton d’Or, et elle mena le groupe vers Yellin. « Le Comte est mort ; le Prince est en grand danger. Dépêchez-vous et vous pourrez peut-être le sauver. Tous. Allez. »
Aucune brute ne bougea.
« Ils m’obéissent, dit Yellin. Et je suis en charge des exécutions, et…
- Et moi, dit Bouton d’or. Moi, » répéta-t-elle, se levant sur sa selle, une créature d’une beauté infinie et des yeux qui commençaient à devenir effrayants, « moi, dit-elle pour la troisième fois, je suis
la
Reeeeeeeeeeeeine. »
On ne pouvait pas douter de sa sincérité. Ni de son pouvoir. Ni de sa capacité à se venger. Elle regarda impérieusement la brigade de brutes.
« Sauvons Humperdinck, » dit une brute, et cela dit ils se ruèrent tous dans le château.
« Sauvons Humperdinck, » dit Yellin, resté seul, mais clairement le cœur n’y était pas.
« En fait, c’était un peu un bobard, dit Bouton d’Or comme ils commençaient à courir vers la liberté, vu que Lotharon n’est pas officiellement retiré, mais j’ai pensé que "Je suis la Reine" sonnait mieux que "Je suis la Princesse".
- Tout ce que je peux dire c’est que je suis impressionné, » lui dit Westley.
Bouton d’Or haussa les épaules. « J’ai été à l’école de la royauté depuis trois ans maintenant ; il fallait bien que quelque chose en ressorte. » Elle regarda Westley. « Tu vas bien ? J’étais inquiète pour toi tout à l’heure sur le lit. Tes yeux se sont révulsés et tout.
- Je suppose que je mourais à nouveau, alors j’ai demandé au Maître des Affections permanentes la force pour vivre la journée. Clairement, la réponse fut affirmative.
- Je ne savais pas qu’il y avait un tel Type, dit Bouton d’Or.
- Mon non plus, en vérité, mais s’Il n’existait pas, je ne l’aurait pas voulu non plus. »
Les quatre grands chevaux semblaient presque voler vers le détroit de Florin.
« Il me semble que nous sommes condamnés, alors, » dit Bouton d’Or.
Westley la regarda. « Condamnés, madame ?
- À être ensemble. Jusqu’à ce que l’un de nous meure.
- J’ai déjà fait, et je n’ai pas la moindre intention de le faire de nouveau, » dit Westley.
Bouton d’Or le regarda. « Est-ce que nous ne sommes pas un peu obligé un jour ?
- Pas si nous promettons de nous survivre l’un à l’autre, et je fais cette promesse maintenant. »
Bouton d’Or le regarda. « Oh mon Westley, moi aussi. »
* * *
« Et ils vécurent heureux pour toujours, dit mon père.
- Euh, » dis-je.
Il me regarda. « Ça ne te plaît pas ?
- Non, non, c’est juste que c’est arrivé si vite, la fin, ça m’a surpris. Je pensais qu’il y en aurait un peu plus, c’est tout. Je veux dire, est-ce que le bateau pirate attendait ou était-ce juste une rumeur comme il le disait ?
- Plains-toi à M. Morgenstern. "Et ils vécurent heureux pour toujours," c’est comme ça que ça finit. »
La vérité c’est que mon père mentait. J’ai passé toute ma vie à penser que ça finissait ainsi, jusqu’à ce que je fasse cet abrègement. Puis j’ai jeté un coup d’œil à la dernière page. Voici comment Morgenstern a fini.
* * *
Bouton d’Or le regarda. « Oh mon Westley, moi aussi. »
Soudainement de derrière eux, plus proche qu’ils ne l’imaginaient, ils purent entendre le rugissement d’Humperdinck : « Arrêtez-les ! Coupez-leur la route ! » Il est vrai qu’ils furent étonnés, mais il n’y avait pas de raison de s’inquiéter : ils étaient sur les chevaux les plus rapides du royaumes, et ils avaient toujours de l’avance.
Cependant, c’était avant que la plaie d’Inigo ne se rouvre ; et que Westley ne fasse une rechute ; et que Fezzik ne prenne le mauvais chemin ; et que le cheval de Bouton d’Or ne perde un fer. Et la nuit derrière eux était remplie du bruit croissant de la poursuite…
* * *
C’est la fin de Morgenstern, un effet genre The Lady, or the Tiger ?[1] (c’était avant The Lady, or the Tiger ?, rappelez-vous). Maintenant, c’était un satiriste, alors il l’a laissé ainsi, et mon père était, je suppose que je l’ai réalisé trop tard, un romantique, alors il l’a fini autrement.
Eh bien, je suis un abrégeur, alors j’ai le droit d’avoir quelques idées à moi. Y sont-ils arrivés ? Le bateau pirate était-il là ? Vous pouvez y répondre vous-même, mais, pour ma part, je dis oui, il y était. Et oui, ils ont réussi à fuir. Et ils ont retrouvé leur force et eurent beaucoup d’aventures et plus que leur part de rire.
Mais ça ne veut pas dire non plus que je pense qu’ils ont une fin heureuse. Parce que, à mon avis en tout cas, ils se disputèrent beaucoup, et Bouton d’Or perdit finalement sa beauté, et un jour Fezzik perdit un combat et quelque jeune as toucha Inigo avec une épée et Westley ne fut jamais capable de dormir profondément parce qu’Humperdinck était peut-être sur leurs traces.
Je n’essaie pas de rendre ça plus agréable, comprenez-moi bien. Je veux dire, je pense vraiment que l’amour est la meilleure chose du monde, en dehors des bonbons contre la toux. Mais je dois aussi dire, pour la ixième fois, que la vie n’est pas juste. Elle est seulement plus juste que la mort, c’est tout.
New York
Février 1973
[1] The Lady, or the Tiger ? est une nouvelle de Frank R. Stockton qui fut très célèbre de son temps. L’histoire raconte comment un jeune homme fut condamné pour être amoureux de la fille d’un roi et pour en être aimé en retour. Le châtiment consistait à choisir entre deux portes, l’une cachant un tigre qui le dévorera et l’autre une demoiselle d’honneur qu’il devra épouser. Le jeune homme regarde la princesse qui sait, elle, ce qu’il y a derrière les portes. La jeune fille est face à un dilemme. Soit elle laisse son bien-aimé se faire dévorer, soit elle le laisse vivre avec une autre. La princesse finit par désigner une porte au jeune homme qui suit son conseil et l’ouvre… L’histoire s’arrête là et le lecteur ne sait pas qu’elle porte a été ouverte finalement. La phrase The Lady, or the Tiger ? est passée dans le langage anglais courant comme l’expression d’un problème irrésoluble. Cela ressemble un peu à notre dilemme cornélien, où le sentiment et le devoir s’opposent dans le choix à prendre.