lundi 26 février
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Préambule
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6 (1)
Chapitre 6 (2)
Chapitre 6 (3)
Chapitre 6 (4)
Chapitre 7
Chapitre 8
Introduction à l'édition du 25e anniversaire
Le Bébé de Bouton d'Or, Une Explication (1)
Le Bébé de Bouton d'Or, Une Explication (2)
The Princess Bride - Le Bébé de Bouton d'Or, Une Explication - 2
J’ai rencontré Karloff Shog le lendemain matin pour le petit déjeuner dans le restaurant de l’hôtel Carlyle, sans comparaison dans tout New York. Charley organisa la rencontre et décida de ne pas être là , aucune raison, c’était une prise de contact où nous essaierions notre charme et nous verrions si nous pouvions faire affaire.
Alors j’étais assis en attendant qu’elle apparaisse. Avec un nom comme Karloff Shog, je pensais qu’une moustache était un pari sûr et je ne pensais même pas à ses aisselles. (Au cas où vous ne le sauriez pas – et vous ne le savez pas, personne ne sait ce genre de choses – Karloff est le nom le plus populaire en Florin. Faites-en ce que vous voulez.)
La femme idéale entre. La trentaine passée, habillée pour tuer, de longs cheveux blonds lâchés, superbe. Elle vient directement vers moi et me tend la main. « Bonjour, Carly Shog, c’est vraiment un plaisir de vous rencontrer, vous ressemblez vraiment aux photos sur vos livres, seulement, si je puis le permettre, en plus jeune.
- Vous pouvez le dire aussi fort et aussi souvent que vous le voulez. » J’ai tendance à être un peu gras quand de jeunes et douces choses sont aux alentours, alors c’était plutôt fin venant de moi. Le truc fou c’est que, à ce moment, quand nous nous étions rencontrés depuis dix secondes, j’ai pensé qu’elle me voulait. « Voulait » au sens de « désirait ». Et si vous me connaissez un peu, vous savez que je pense que personne ne me veut jamais. Pas au sens de désirer en tout cas. « Qu’est-ce qui vous amène aux États-Unis ?
- Nous faisons beaucoup de travail juridique aux States maintenant. Je viens juste de m’installer. » Une pause maitenant. « Dieu merci. » Elle me regarde. « Je vois que vous n’êtes jamais allé en Florin. » J’ai dit que c’était vrai. « C’est un peu consanguin. Je veux dire, en Florin si vous épousez votre cousin germain, c’est bien vu. » Une autre pause. « Une tentative d’humour. Désolée. »
Je suis sorti avec quelques femmes fantastiques depuis qu’Helen m’a quitté il y a une décennie. Mais celle-ci, cette avocate aux yeux bleus avec un corps et un cerveau, de toutes, était spéciale. Elle tendit alors la main au dessus de la table, prit ma main…
… Laissez-moi vous le répéter : elle a pris ma main !
Et elle m’a regardé dans les yeux et a dit : « Je suis si heureuse que nos problèmes légaux soient terminés.
- Ça a été horrible, accordai-je. Je n’ai été poursuivi qu’une fois avant dans toute ma vie. (C’est vrai.) Et c’était par un acteur alors ça ne compte pas vraiment. »
Ai-je besoin de vous dire que son rire était comme le son d’un carillon ? Puis, simplement pour améliorer son compte bancaire vint ceci : « Vous n’allez pas me croire, mais j’ai lu tous les livres que vous avez écrits. Même le Harry Longbaugh. » (Soyons Régence ![1] a d’abord été publié sous un pseudonyme, Harry Longbaugh, le vrai nom du Kid.)
Je suis tellement amoureux à ce moment-là que c’en est ridicule. « Les poursuites que vos gars ont lancées… vous allez les laisser tomber ?
- Bien sûr. Les treize. C’est ce que nous allons faire pour vous, et tout ce que nous voulons c’est votre bonne volonte.
- Ma bonne volonté ? » Si j’avais eu une bague de fiançailles avec moi, elle aurait été à elle.
« Oui. C’est important que Le Bébé de Bouton d’Or soit publié. Ici aux États-Unis. »
J’ai fait un signe pour avoir un café et la serveuse nous en servit. Nous bricolâmes avec le sucre et le lait demi écrémé et toutes les autres choses délicieuses que nous donnons à nos estomacs ces temps-ci. Nous bûmes silencieusement. Et nous nous sommes regardés. Puis j’ai dit la chose la plus folle : « Quel âge avez-vous, Carly ?
- Quel âge voulez-vous que j’aie ? Je sais tout de vous. Je sais que vous êtes né à l’hôpital Michael Reese à Chicago le 12 août 1931. Pas mal, hein ? »
J’ai hoché la tête.
Elle ouvrit alors son sac. « Voici tout ce que vous devez savoir, Bill. J’ai rompu avec mon petit ami quand j’ai quitté Florineville. Et il avait cinquante-cinq ans. J’ai un truc avec… » Et là elle fit une pause en souriant si doucement. « … avec les hommes vigoureux. »
Marc-Antoine n’a jamais été aussi fou amoureux.
Elle chercha dans son sac, me tendit un morceau de papier. « C’est juste de la paperasse juridique. Faites-le vérifier par votre avocat, puis signez-le et envoyez-le moi.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Ça s’appelle faire la paix. Nous sommes d’accord pour laisser tomber toutes les poursuites. Vous êtes d’accord que nous n’avons rien fait de mal, et vous nous souhaitez le meilleur pour nos futurs projets.
- Je fais plus que vous souhaiter le meilleur. Je vais me tuer à faire Le Bébé de Bouton d’Or.
- Bien sûr vous le feriez, » dit-elle alors, et connaissez-vous les six mots les plus importants depuis les trente dernières années dans toutes les cultures ? Je vais vous les dire. Peter Benchley[2] les a trouvé quand il marchait le long d’un plage et ces mots les voici : « Et si le requin devient territorialiste ? » Parce que de ça est sorti le roman Les Dents de la mer, et puis le film Les Dents de la mer, et rien n’est vraiment pareil depuis.
Eh bien, les six mots suivants de Carly Shog n’ont pas eu cette importance. Sauf, bien sûr, pour moi. Avant qu’elle ne les dise je lui ai demandé : « Pourquoi avez-vous dit : "Bien sûr vous le feriez" ? Vous vouliez dire : "Bien sûr vous le ferez". Je me charge du Bébé de Bouton d’Or. »
À ce moment, en attendant qu’elle parle, en regardant à cette magnifique femme, à ses yeux pâles, je vous souviens avoir pensé qu’il quelque se passait chose de bizarre, quelque chose d’horrible, même. Mais je n’aurais pu imaginé ce qu’elle dit après dans aucun cauchemar paranoïaque :
« Stephen King va faire l’abrègement. »
* * *
Voici ce que je n’ai pas dit : « C’est une plaisanterie ? » En voici une autre : « Vous allez me tuer. » Ou : « Il va vous rire au nez. » Essayez : « Sale pute. » Pendant que j’étais occupé à ne rien dire, Carly continua élégament.
« Voici ce que nous gagnons à vous faire signer cette lettre : la sécurité. Vous voyez, vous n’êtes pas comparable à King en termes de ventes, personne ne l’est, nous n’avons pas besoin d’aller jusque là . Mais beaucoup de gens vous relient à Morgenstern à cause du film et ce que nous ne voulons pas c’est que les gens se demandent pourquoi vous avez décidé de ne pas faire la suite. La bonne volonté est très importante, et nous ne pouvons pas risquer de vous voir courir en criant à la trahison. Je l’ai écrite. Je pense que vous pouvez vivre avec. »
Voici ce qu’elle avait écrit : « Je suis si excité que Stephen King soit dans le bateau. Franchement, je suis exténué en ce qui concerne M. Morgenstern. Alors je souhaite le meilleur à tout le monde. Et je ne sais pas pour vous, mais je suis impatient de lire Le Bébé de Bouton d’Or. »
Je l’ai regardée un moment avant de parler. Elle ressemblait à Bela Lugosi[3] maintenant[4]. « Il ne le fera pas. King. Je le connais un peu, et il n’y a aucune raison sur terre pour qu’il se fasse entraîner dans un truc comme ça.
- Steve ne pense pas qu’il est "entraîné dans" quoi que ce soit. Il est sincèrement excité. Nous en parlons tous les jours. Et nous continuerons, jusqu’à ce que tout soit fini.
- Je ne vous crois pas. Je ne sais pas ce que vous cherchez mais trouvez-vous un autre pigeon. » Je me levai.
« Il ne s’est pas toujours appelé King, dit alors Carly. Ses ancêtres vivaient à Florineville il y a longtemps. Il y va toujours en vacance l’été. »
Je me suis rassis.
« Est-ce qu’il sait pour moi ?
- Bill, bien sûr. Et je lui ai dit ce que le traité de paix dit – que vous êtes exténué. C’est assez facile à croire. Mon Dieu, vous n’avez pas écrit un roman en bien plus d’une décennie. »
Elle ressemblait maintenant fortement à Leatherface dans Massacre à la tronçonneuse[5]. « Je vous verrai au tribunal, » dis-je en jetant quelques pièces sur la table et je sortis. Une chose bien stupide et vaine à dire. Elle pouvait continuer à faire pression sur moi avec les poursuites judiciaires. Sans aucun doute, elle avait toutes les cartes.
Toutes sauf une.
* * *
Tard le matin suivant, j’étais assis dans l’aéroport de Bangor, dans le Maine. Je connaissais King surtout depuis Misery, un scénario que j’ai écrit à partir d’un de ses préférés et meilleurs romans. J’étais venu à Bangor une ou deux fois, juste pour des recherches basiques, à bavarder avec lui, je pensais que quelques questions valaient mieux être posées en personne qu’au téléphone. Nous fîmes une avant-première pour lui quand le film sortit et Rob Reiner, le directeur, et moi faisions les cents pas dans le hall pendant qu’il regardait, en espérant qu’il aime. C’était important pour nous de lui plaire. La carrière de Rob a vraiment décollé avec Stand By Me[6], une autre œuvre de King (une nouvelle intitulée Le Corps[7]).
Nous pûmes dire dès que nous le vîmes sortir qu’il était content de ce que nous avions fait de son bébé. Il adora Katy Bates spécialement. (Pas seulement ça ; elle gagna l’oscar de la meilleure actrice.) C’est marrant mais ce dont je me souviens encore plus c’est le moment où ça a commencé quand il nous a quitté pour prendre sa place : son regard était tellement plein d’espoir. Comme un gamin. J’en ai fait part à Rob qui a dit : « Je pense qu’il est aussi vulnérable maintenant que quand il a commencé – ce qui est pourquoi il a réussi à rester Stephen King. »
Je ne pense pas que tout le monde réalise quel phénomène il est. Ce n’est pas seulement les centaines de millions de livres vendus… c’est qu’il a été l’écrivain le plus apprécié du monde pendant si longtemps. Carrie est sorti en 1974 – un quart de siècle plus près du feu.
Je le voyais à travers la vitre. Jean, chemise de bûcheron, la démarche traînante. King est bien plus gros que vous ne le pensez. Et remarquablement pas prétentieux.
Nous nous assîmes dans un coin privé de la salle d’attente – je n’avais pas mangé depuis le déjeuner légendaire la veille avec le Monstre de Florin. Et j’étais resté debout la moitié de la nuit pour tout préparer, comment le dire rationnellement, de romancier à romancier, de conteur à conteur, la façon dont ça tournait dans ma tête je n’en étais même pas à la moitié avant qu’il ne dise : « Bill, cette pute m’a menti, elle a dit que tu ne voulais pas le faire. J’ai juste dit que je m’impliquerais parce qu’elle a parlé à quelques parents que j’ai encore là -bas et ils ont fait pression sur moi mais je me suis fait entraîner dans ce foutu truc depuis le début. »
Le silence dura. King me regarda. Il attendait. Je savais que je le rendais nerveux, assis là , mais je ne pouvais pas trouver comment commencer. Tout ce que je savais c’est que je ne voulais pas l’embarrasser. Ou, pire, m’humilier.
Finalement il a demandé : « Comment va Kathy[8] ? Je l’ai bien aimée dans Titanic. »
Il te donne un moyen de commencer, me suis-je dit. Alors parle de Kathy Bates. Tu as une super histoire sur Kathy Bates, dis-lui. « Je ne la vois pas beaucoup, mais est-ce que je t’ai jamais dit comment elle avait eu le rôle dans Misery ? C’est une super histoire. »
King secoue la tête.
« J’ai écrit le rôle pour elle. J’allais la voir sur scène depuis des années – c’est une grande actrice mais elle n’a jamais explosée au cinéma – et avant de commencer j’ai parlé avec Rob et j’ai dit : "Je vais écrire Annie Wilkes pour Kathy Bates." Et Rob a dit : "Oh, bien. Elle est super. On va la prendre."
- Et alors ? a demandé King.
- C’est tout. Le rôle féminin le plus désiré de l’année et il est allé à cette inconnue. J’ai adoré prendre part à ça. Changer une vie.
- Super histoire, c’est sûr, » a dit King, en essayant d’être enthousiaste. Mais je savais que le cœur n’y était pas.
« Non ! » dis-je, bien trop fort, mais je n’étais pas dans ma plus grande forme, comme les lecteurs de ces pages doivent l’avoir senti. « Non, répétai-je sur le ton de la conversation. Ce n’est pas l’histoire. Voici la super histoire. »
King attendit.
« Ok. Alors Rob l’appelle. Il y a seulement Kathy et Rob dans la pièce et Kathy ne s’est jamais approchée d’un premier rôle dans un film et Rob sort : "Tu as le rôle." Kathy reste assise là un moment avant de dire : "Le rôle. Je l’ai." Rob hoche la tête, répète la nouvelle. "Tu l’as." Il y a une autre pause avant que Kathy sorte ceci : "Le rôle d’Annie. Annie Wilkes. Ce rôle ?" Rob hoche de nouveau la tête. "Annie Wilkes. Le premier rôle." Un peu plus vite de la part de Kathy : "Et je l’ai et tout est organisé et tout. – Tout est prêt," dit Rob. Elle se penche un peu en avant : "Laisse-moi bien comprendre… Je joue Annie Wilkes, le premier rôle, dans Misery ?
– Ouaip," dit Rob. Et Kathy continue : "C’est fait et tout, je veux dire, je joue pour sûr Annie, tout est prêt et fait et tout, pas d’erreur ou quoi ?" Et Rob dit : "C’est tellement prêt que tu ne pourrais pas le croire." Et là il y a un moment de silence dans la pièce. Et puis elle a dit ceci : "Est-ce que je peux le dire à ma mère ?" »
King adora. (Moi aussi. C’est une de mes jolies histoires d’Hollywood préférées de tous les temps.) Il rit et sourit et me regarda avec interrogation, et j’ai levé ma main droite et j’ai dit : « Tout est vrai, parole d’honneur, » et je pus me sentir, enfin, détendu. Je savais que je pouvais le faire maintenant, lui parler, le convaincre de ne pas faire la suite, parce que, après tout, j’avais fait ThePrincess Bride et, même sur cette terre, la vie était occasionnellement juste, et il a dit : « J’ai vraiment aimé le film. » J’ai dit : « Moi aussi, pas seulement pour Kathy mais qu’as-tu pensé de Jimmy Caan[9] ? » Puis il a dit : « Je parlais de The Princess Bride.
- Merci. Moi aussi, » et j’étais sur le point de continuer quand j’ai réalisé quelque chose. Quelque chose d’horrible. Il ne parlait pas du livre, seulement du film. Mais, mon Dieu, il devait l’aimer, j’étais juste paranoïaque.
« Je voudrais ressentir la même chose pour le livre, » dit-il, et je pouvais voir que ça le peinait de le dire.
Le romancier le plus populaire du siècle vous dit que vous êtes nul comme romancier. Je voudrais faire remarquer que j’ai pris la chose avec maturité. Mais, hélas, ce que j’ai dit, comme un con fini, c’est : « Ouais ? Eh bien, beaucoup de gens l’aiment bien, merci beaucoup. »
Soudainement il se pencha vers moi. « Bill, la façon dont tu as compris son style, c’est bien, mais, le fait est que je n’aime pas beaucoup ce que tu as fait avec l’abrègement. Par exemple, chapitre quatre – tu as coupé soixante-dix pages de l’entraînement de Bouton d’Or. Comment as-tu pu faire ça ? Il y avait des trucs géniaux là -dedans. Tu devrais voir l’école de royauté. C’est un des grands monuments qui restent dans toute l’Europe. Le curriculum de Bouton d’Or est incroyable. Comment as-tu pu l’enlever ?
- J’étais surtout intéressé par l’histoire, tu sais, l’intrigue. » Et puis je lui ai dit. « Je ne suis jamais allé là -bas. En Florin. Qu’est-ce qu’il y avait de s’y important à y aller ?
- Qu’est-ce qu’il y avait de si important ? Tu es venu jusqu’ici pour tout vérifier pour l’adaptation. »
Je n’ai rien dit alors parce que je pouvais sentir ce vent terrible qui se levait et je savais qu’il allait m’emporter.
- C’est pourquoi je veux faire Le Bébé de Bouton d’Or, dit-il. Pour être sûr que les choses tournent bien cette fois. »
J’étais mort noyé. Je me suis levé, je l’ai remercié pour le temps qu’il m’avait consacré, j’ai commencé à partir, dévasté.
« Je suis vraiment désolé, » dit-il.
J’ai fait un sourire. Pas la chose la plus simple à sortir pour moi à ce moment, mais j’aimais King, je ne voulais pas qu’il me voie m’écrouler.
Il m’appela : « Bill… attends… je viens d’avoir une idée. Écoute… je vais faire l’abrègement et tu peux faire le scénario. J’en ferai une clause de rupture dans mon contrat. » King essayait d’être serviable, je l’ai compris, mais là dans l’aéroport je lui ai parlé de mon papa me lisant et de Jason qui ne l’avait pas aimé et moi qui réalisais comment je n’avais entendu que les meilleurs passages et maintenant Jason était moi et il avait ce gamin, Willy, cet enfant fantastique qui s’appelait comme moi, et Willy voulait que je le lui lise et rien de cette affaire d’abrègement ne serait arrivé si je ne l’avais pas commencée et que ferait-il s’il le perdait jamais, son pouvoir, raconter des histoires, comme j’avais perdu le mien, et aimerait-il passer le reste de sa vie à écrire des rôles parfaits pour des personnes parfaitement horrible qui se trouvent être des stars du cinéma cette semaine, avec tout ce pouvoir…
… et j’étais ce que je voulais le moins être, humilié, alors je l’ai laissé là , me forçant à ne pas courir, parti…
* * *
L’avion de retour vers New York décollait trois heures plus tard et j’ai attrapé un taxi, je me suis caché dans Bangor jusqu’à l’heure, revint en taxi à l’aéroport.
Retardé. Problèmes de météo.
Je m’assis sur un banc dans l’aéroport, mis la tête en arrière, fermai les yeux jusqu’à ce que King demande : « Tu devais venir jusqu’au Maine pour faire une crise de nerfs ? » Il était assis à côté de moi. « Tu as soulevé un point intéressant, et j’y ai beaucoup pensé – rien de cette affaire d’abrègement ne serait arrivé si ton père n’avait pas sauté des trucs. Alors d’une certaine façon tu as tout à fait raison, c’est ton bébé, tu l’as commencé. »
Pause.
Puis il l’a dit.
« Essaie le premier chapitre. »
Il pouvait voir à mon expression que je ne comprenais pas vraiment ce qu’il voulait dire. Je suppose que j’étais comme Kathy parlant à Rob. « Écoute, c’est l’année du vingt-cinquième anniversaire de Princess Bride, d’accord ? Ta version. » En effet. « Eh bien, ton éditeur va probablement vouloir faire quelque chose, peut-être le réimprimer en grand format. » J’ai hoché la tête. Nous avions déjà parlé de ça. « Eh bien, abrège le premier chapitre du Bébé de Bouton d’Or. Rajoute-le si tu veux. Tu devrais probablement écrire une introduction à ce chapitre, pour expliquer pourquoi tu ne fais pas tout le livre. J’appellerai les Shog, je leur ferai part de ma décision. Ils ne vont pas aimer mais ils vont suivre. Ils veulent travailler avec moi depuis des années. Les droits florins des mes affaires finissent dans deux ans. »
Pendant un moment il hésita, et je me suis demandé s’il allait changer d’avis. J’ai attendu, en espérant que non. Ensuite il secoua la tête, et il avait un regard qui aurait pu dire : « Suis-je dingue de faire ça ? » Puis ces mots merveilleux : « Bill, j’espère que tu essaieras vraiment cette fois-ci.
- Je chercherai jusqu’en enfer, dis-je. (Et je l’ai fait.) Mais qu’est-ce qu’il se passe une fois que j’ai publié le chapitre ?
- Une chose à la fois, répondit-il. Tu l’écris, je le lirai, le public de Morgenstern le lira. J’enverrai quelques copies à tous les cousins en Florin, pour voir ce qu’ils en pensent. » Il se leva, me regarda. « Je suppose que la chose la plus importante c’est vraiment Morgenstern. C’était un maître et ce serait bien si tu pouvais lui plaire, tu ne penses pas ?
- Ça serait le mieux, » dis-je, pure vérité.
Nous nous sommes serré la main, nous nous sommes dit au revoir, il commença à partir, jeta un regard en arrière. « Tu n’as pas encore lu Le Bébé de Bouton d’Or, n’est-ce pas ?
- Pas encore.
- C’est une histoire assez extraordinaire.
- Qu’est-ce que tu veux dire ? Que même moi je ne peux pas la bousiller ?
- Tu as tout compris, » dit Stephen King, et il sourit…
* * *
Je suis parti pour le Florin immédiatement. (Je ne suis pas allé en Florin immédiatement, bien sûr – les génies des horaires d’Air Florin s’en étaient occupé. J’ai pris le vol de nuit d’Air France pour Bruxelles, où vous faites la connexion avec InterItalia, qui vous laisse en Guilder, et alors juste un petit hop pour Florineville.) J’avais préparé une liste des endroits à voir. L’école de royauté, évidement, puisque King avait tellement mis l’emphase là -dessus, les Falaises de la Démence – j’avais téléphoné avant et j’avais fait une réservation, l’endroit est démentiel de peuple maintenant – la forêt où la Batailles des Arbres avait eu lieu, encore et encore. King m’avait donné une liste d’amis et d’universitaires qu’il pensait pouvoir m’être utile. Un de ses merveilleux cousins tenait le meilleur restaurant de Florin, une bénédiction, car le Florin, comme vous le savez peut-être, est le potager de l’Europe, tant mieux pour leurs fermiers, mais le rutabaga est leur plat national et vous pouvez en être malade assez rapidement à moins qu’un cuisinier doué ne soit dans le coin.
C’était bizarre, pendant les premiers jours, de voir de vrais endroits que je pensais avoir été imaginés quand j’étais un gamin. J’avais peur qu’ils ne tiennent pas la comparaison devant mon imagination. (Quelques ues n’ont pas tenu la comparaison, mais la plupart si.)
Le quartier des Voleurs où Fezzik retrouva Inigo, je l’ai vu, et la pièce où Inigo tua finalement finalement le comte Rugen – c’est dans la tour du château. La ferme de Bouton d’Or a été conservée pratiquement intacte, mais que puis-je vous dire, c’est une ferme. Et bien sûr les Marais de Feu sont toujours aussi mortels qu’avant, personne n’est autorisé à y entrer, mais j’ai bien vu l’endroit pas très loin où les universitaires locaux pensent que Bouton d’Or et Westley s’embrassèrent après qu’elle l’eut poussé dans le ravin. (C’est là où eut lieu la scène de retrouvailles, et laissez-moi vous le dire, c’était étrange, moi me tenant là , regardant ce coin de sol.)
On ne peut toujours pas aller sur l’île de l’Arbre en bateau à cause du tourbillon, alors j’ai loué un hélicoptère et j’ai erré. (L’île de l’Arbre est l’endroit où ils allèrent retrouver leurs forces.) C’est là où Bouton d’Or et Westley firent l’amour pour la première fois, où la pauvre Waverly est née. Je ne devrais probablement pas l’appeler « la pauvre » Waverly, elle a passé de grands moments, elle a eu des parents qui l’aimaient, le plus grand escrimeur du monde pour la garder, l’homme le plus fort du monde comme baby-sitter. On ne peut pas demander beaucoup plus.
Bien sûr, tout changea avec le kidnapping, mais je ferais mieux de me taire maintenant, avant d’avancer dans l’histoire…
[1] No Way To Treat A Lady.
[2] Peter Benchley, auteur américain connu pour son roman Les Dents de la mer (Jaws). Il a d’ailleurs collaboré au scénario du film de Spielberg, produit par Richard Zanuck. NDLT.
[3] Ne me faites pas la honte de me demander qui est Bela Lugosi ! NDLT.
[4] Ok, Bela Lugosi était un acteur hongrois très connu pour son interprétation de Dracula. Après de nombreux films de série Z et une longue période d’inactivité, il finit sa carrière et sa vie lors du tournage de Plan 9 From Outer Space d’Ed Wood. Que je vous conseille fortement de voir, de même que le film Ed Wood de Tim Burton. NDLT.
[5] The Texas Chain Saw Massacre, de Tobe Hooper, 1974. Leatherface est le boucher masqué à la tronçonneuse. NDLT.
[6] Film réalisé par Rob Reiner, 1987.
[7] The Body, une nouvelle tirée du recueil Différentes Saisons (Different Seasons), 1982.
[8] Kathy Bates joue Annie Wilkes, l’infirmière folle, dans Misery et Molly Brown, la nouvelle riche américaine, dans Titanic.
[9] James Caan joue Paul Sheldon, l’écrivain, dans Misery.
lundi 05 février
The Princess Bride - Le Bébé de Bouton d'Or, Une Explication - 1
Le bébé de Bouton d’Or[1]
Une explication
Vous vous demandez probablement pourquoi je n’ai abrégé que le premier chapitre. La réponse est simple : je n’ai pas été autorisé à faire plus. L’explication suivante est assez personnelle, et je suis désolé de vous imposer ça. Une partie de ceci – plus qu’une partie, la majorité – fut douloureuse quand cela arriva, ça l’est encore alors que je l’écris. Je ne m’en sors pas si bien tout le temps, mais je ne peux pas m’en empêcher. Morgenstern était toujours honnête avec son public. Je ne pense pas que je puisse être moins que ça pour vous…
* * *
Mes problèmes commencèrent il y a vingt-cinq ans avec la scène des retrouvailles.
Vous vous souvenez, dans mon abrègement de The Princess Bride, quand Bouton d’Or et Westley sont réunis juste avant les Marais de Feu, j’y ai mis mon grain de sel et j’ai dit que je pensais que Morgenstern avait trompé ses lecteurs en n’incluant pas une scène de retrouvailles pour les amoureux alors j’ai écrit ma propre version et écrivez si vous voulez une copie. (Pages 93 à 95 de cette édition.)
Mon ancien grand éditeur Hiram Haydn pensait que j’avais tort, que si on abrégeait quelqu’un on ne pourait soudainement commencer à utiliser ses propres mots. Mais j’aimais beaucoup ma scène de retrouvailles. Alors, pour me taquiner, il m’a laissé mettre cette note dans le livre pour qu’on me la demande.
Personne – je vous prie de me croire – personne ne pensait que quelqu’un allait en fait demander ma version. Mais Harcourt, le premier éditeur, fut submergé, et plus tard Ballantine, l’éditeur de poche, fut encore plus submergé. J’adorais ça. Des éditeurs qui doivent dépenser de l’argent. Ma scène de réunion était sûre de partir au courrier – mais pas une ne fut jamais envoyée.
Ce qui suit est la lettre d’explications que j’ai écrite et que fut envoyée aux dizaines de milliers de personnes qui avait écrit pendant toutes ses années pour avoir la scène.
Cher lecteur,
Merci d’avoir écrit et non, ceci n’est pas la scène des retrouvailles, à cause d’un certain empêcheur de tourner en rond nommé Kermit Shog.
Aussitôt que les livres furent imprimés, j’ai reçu un appel de mon avocat, Charley (vous ne vous rappelez peut-être pas, mais Charley est celui que j’ai appelé de Californie pour qu’il sorte dans le blizzard et achète The Princess Bride chez le bouquiniste). Enfin, il commence habituellement avec un peu d’humour talmudique, des blagues de sage, seulement cette fois il dit simplement : « Bill, je pense que tu ferais mieux de venir ici, » et, avant que je puisse dire « pourquoi ? », il ajoute : « Tout de suite si tu peux. »
Paniqué, je pars en flèche, me demandant qui avait pu mourir, est-ce que j’ai foiré ma déclaration d’impôts, quoi ? Sa secrétaire me laisse entrer dans son bureau et Charley dit : « Voici M. Shog, Bill. »
Et il est là , assis dans un coin, les mains sur son porte-documents, ressemblant exactement à une version huileuse de Peter Lorre[2]. J’ai vraiment cru qu’il allait dire : « Donne-moi le faucon, il le faut, ou je serai forcé de te tuuuer. »
« M. Shog est avocat, » continue Charley. Et ce qui suivit fut dit avec insistance : « Il représente les biens Morgenstern. »
Qui le savait ? Qui aurait pu rêver qu’une telle chose existait, les biens d’un homme mort depuis au moins un million d’année et dont personne n’entend parler ici de toute façon ? « Peut-être me donnerez-vous le faucon maintenant » dit M. Shog. Ce n’est pas vrai. Ce qu’il dit c’est : « Peut-être voulez-vous quelques mots en privé avec votre client, » et Charley hocha la tête et il sortit et une fois qu’il fut dehors j’ai dit : « Charley, mon Dieu, je n’ai jamais imaginé… » et il a dit : « Et Harcourt ? » et j’ai dit : « Ils n’en ont jamais parlé, » et il a dit : « aïe », le grincement que font les avocats quand ils savent qu’ils soutiennent un perdant. « Qu’est-ce qu’il veut ? » dis-je. « Un rendez-vous avec M. Jovanovitch, » répondit Charley…
Il s’est trouvé que Kermit Shog ne voulait pas seulement un rendez-vous avec William Jovanovitch, le brillant homme qui dirigeait l’entreprise. Il voulait aussi une incroyable somme d’argent et il voulait aussi que la version non abrégée du The Princess Bride soit imprimée à un énorme nombre d’exemplaires (100 000), et, bien sûr, l’idée que la petite personne que j’étais envoie la scène de retrouvailles mourut ce jour-là .
Mais le procès commença. Il dura des années, au grand total treize – seulement onze me concernant directement. C’était horrible, mais la bonne chose c’est que le copyright du Morgenstern s’arrêtait en 1978. Alors j’ai dit à tout le monde qui avait écrit pour avoir la scène de retrouvailles que leurs noms étaient sur une liste et conservés et quand 1978 serait passé, voilà [3]… mais je me trompais à nouveau. Voici un passage de la lettre suivante que j’ai envoyée à tous les gens qui avaient demandé la scène de retrouvailles.
Je suis vraiment désolé de tout ça mais vous connaissez l’histoire qui finit par : « Ignorer le précédent message, un autre va suivre » ? Eh bien, vous devez ignorez l’idée que le copyright du Morgenstern s’arrêtait en 1978. C’était définitivement une gaffe mais M. Shog, étant florin, avait des problèmes, naturellement, avec notre système numérique. Le copyright s’arrête en 1987, pas 1978.
Pire, il mourut. M. Shog, je veux dire. (Ne me demandez comment vous auriez pu le savoir. C’était facile. Un matin il a juste arrêté de transpirer, et c’était fini.) Ce qui fait que c’est pire, c’est que toute l’affaire est maintenant dans les mains de son gamin, nommé – attendez, vous allez voir – Mandrake Shog. Mandrake se déplace avec tout le brio et la vitesse d’un lézard aplati sur la berge d’une rivière.
La seule bonne chose qui soit arrivée dans tout ce bordel, c’est que j’ai finalement réussi à jeter un coup d’œil au Bébé de Bouton d’Or. Là -haut à Columbia, ils pensent qu’il est définitivement supérieur à The Princess Bride dans le contenu satirique. Personnellement, je n’ai pas d’attachement émotionnel pour celui-ci, mais c’est une vachement bonne histoire, pas de doute.
C’est marrant, en regardant en arrière, à ce moment-là , je n’avais vraiment aucun intérêt pour Le Bébé de Bouton d’Or.
Beaucoup de raisons, mais parmi elles celle-ci : j’écrivais mes propres romans alors. Pour vous faire comprendre, je suppose que je dois vous dire ce que j’ai fait avec The Princess Bride. Je sais que la couverture dit : « abrégé par » et, oui, je saute de « meilleur passage » en « meilleur passage ». Mais c’était vraiment bien plus que ça.
The Princess Bride de Morgestern est un manuscrit de mille pages. Je l’ai réduit à trois cents. Mais je n’ai pas juste coupé ses interludes satiriques. J’ai fait des élisions constamment. Et il y avait des tas de choses, quelque fois merveilleuses, dont je me suis débarrassé. Exemple : la terrible enfance de Westley et comment il est devenue le garçon de ferme. Exemple : comment le Roi et le Reine allèrent voir Max le Miraculeux parce qu’ils savaient qu’ils avaient plus ou moins donné naissance à un monstre (Humperdinck), et qu’est-ce que Max pouvait y faire ? L’échec de Max mena à son licenciement, qui, en retour, mena à sa crise de confiance. (Sa femme, Valérie, dit à Inigo : « Il a peur d'être fini, que les miracles aient disparus de ses doigts qui avaient été grandioses... » (p. 152 dans cette version.)
J’ai pensé que tout ceci, si excitant et émouvant comment le reste, était loin du centre de l’histoire. Je suis resté sur le grand amour et la grande aventure et je pense que j’ai eu raison de le faire. Et je pense que les résultats l’ont prouvé. Morgenstern n’a jamais eu de lectorat pour son livre – excepté en Florin, bien sûr. Je l’ai amené aux gens partout et, avec le film, à une encore plus grande audience. Alors, oui, je l’ai abrégé.
Mais, je suis désolé, je lui ai donné forme. Je l’ai aussi amené à la vie. Je ne sais pas comment vous voulez appeler ça, mais quoi que j’aie fait, c’est sûrement quelque chose.
* * *
Donc Le Bébé de Bouton d’Or n’était pas pour moi à ce moment-là . La somme de travail était déjà une raison. Cela aurait voulu dire des milliers d’heures de travail. Mais ce n’était rien comparé aux attaques constantes de Shog. Procès après horrible procès, et chaque fois je devais me défendre, faire une déposition, ce que j’ai vraiment trouvé détestable parce que c’était toujours des attaques contre mon honnêteté.
J’avais eu, à ce moment-là , assez de Morgenstern pour un moment.
Je n’avais pas non plus lu Le Bébé de Bouton d’Or. Je me suis retrouvé à l’université de Columbia une après-midi – je donne mes articles à Columbia – et un jeune Florin s’arrêta, me tendit une rapide traduction pour que j’y jette un coup d’œil. Le titre complet du livre est celui-ci : Le Bébé de Bouton d’Or : le glorieux examen du courage confronté à la mort du cœur par S. Morgenstern. Il y avait une très bonne page d’ouverture, mais c’est à peu près tout ce dont je me rappelle. Ça n’était rien qu’un autre livre pour moi alors. Il n’avait pas pris de place dans mon cœur.
Pas encore.
* * *
Alors qu’est-ce qui a changé les choses ?
Pour dire la vérité, et je ferais bien, ma vie cette dernière douzaine d’années a été, comment puis-je le dire, quel est le contraire d’étourdissant ? Oh, j’ai écrit plein de scénarios et quelques essais, mais je n’ai pas écrit de roman, et s’il vous plait rappelez-vous que c’est douloureux pour moi parce que dans mon cœur c’est ce que je suis, un romancier, un romancier qui se trouve être un auteur de scénarios. (Je déteste quand je rencontre des gens quelque fois et ils disent : « Eh bien, quand sort le prochain livre ? » et je fais toujours un sourire et je mens en disant que je suis dans la dernière ligne droite maintenant.) Et les films dans lesquels j’ai été impliqué – en dehors de Misery – ont tous amené leur part de déception.
Je vis seul ici à New York, dans un bon hôtel, service de chambre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, tout ça est génial, mais je sens, quelque fois, que quoi que j’aie écrit un jour qui était peut-être de quelque qualité, eh bien, peut-être ces jours sont finis.
Mais pour équilibrer le mauvais, il y a toujours mon fils, Jason.
Vous vous rappelez tous que quand il avait dix ans il était ce ballon sans humour se dandinant ? Eh bien ça c’était sa période maigre. Helen et moi nous battions tout le temps à ce sujet.
Il venait de dépasser les 130 kg quand il eut quinze ans. J’étais rentré du boulot plus tôt, j’avais crié pour signaler ma présence, je me dirigeais vers le cellier quand j’ai entendu ce son à fendre le cœur…
… sanglots…
… venant de la chambre du gamin. J’ai pris une respiration, je suis allé à sa porte, j’ai frappé. Jason et moi n’étions pas très proches à ce moment-là . La vérité c’est qu’il ne faisait pas vraiment attention à moi. Il se rendait à peine compte de mon existence, pissait sur les films que j’écrivais, ne rêvait pas d’ouvrir aucun de mes livres. Cela me tuait, bien sûr, je ne le montrais pas.
« Jason ? » dis-je devant la porte.
Les horribles sanglots continuèrent.
« Qu’est-ce qu’il y a ?
- Tu ne peux rien y faire… personne ne peut rien y faire… rien ne peut rien y faire… » Et puis ce pitoyable wahhhhhh…
Je savais que la dernière personne qu’il voulait voir c’était moi. Mais je devais entrer. « Je promets de ne le dire à personne. »
Il vint rouler dans mes bras, son visage enflammé et tordu. « Oh, Papa, je suis laid et je n’ai pas d’ami et toutes les filles se moquent de moi parce que je suis si gros. »
Je dus retenir des larmes moi-même – parce que c’était si vrai, vous voyez. J’étais coincé à ce moment. Je ne savais pas s’il voulait entendre la vérité venant de moi ou pas. Finalement, je dus le dire : « Qui s’en occupe ? lui dis-je. Moi, je t’aime. »
Il me serra si fort. « P’a, réussit-il à dire, P’a, » la première fois qu’il m’appelait comme ça, ses larmes chaudes sur ma peau.
Ce fut notre tournant.
Dans les vingt dernières années, personne n’aurait pu demander un meilleur fils. Plus, Jason est le meilleur ami que j’ai au monde. Mais le moment décisif arriva le lendemain.
Je l’emmenai à la librairie Strand, sur Broadway et la 12e rue, où je vais souvent, pour des recherches surtout, et nous étions sur le point d’entrer quand il s’arrêta et montra une photo dans la vitrine, la couverture d’un livre de photos.
« Je me demande qui c’est ? dit Jason en la fixant.
- C’est un culturiste autrichien, qui essaye de devenir acteur. Je l’ai rencontré quand j’étais à L.A. la dernière fois. Il veut être Fezzik si The Princess Bride est jamais tourné. » (Nous étions à la fin des années 1970, il y a vingt ans. Schwarzenegger n’était rien alors, mais quand The Princess Bride fut finalement tourné, il était une si grande star que nous ne pouvions nous le payer.) « Je l’aime bien. C’est un jeune homme très intelligent. »
Jason ne pouvait quitter la photo des yeux.
Puis j’ai dis ce que je pense avoir été les mots magiques : « Il était grassouillet avant lui aussi. »
Jason me regarda. « Je ne pense pas, » dit-il.
Je ne le pensais pas non plus, mais ça ne faisait pas de mal de le dire.
« C’est venu dans la conversation, dis-je. Il a dit qu’il était allé aussi loin que possible dans le monde du culturisme. Ce qui l’avait poussé c’était qu’il n’aimait pas comment il était quand il était jeune. » Un aparté sur Arnold, que je parie que vous ne savez pas : il était ami avec André le Géant. (Je suppose que tous les types forts se connaissent.) C’est une histoire qu’il m’a racontée. Je l’ai utilisée dans la nécro que j’ai écrite quand André, hélas, mourut.
André invita un jour Schwarzenegger dans une salle au Mexique où il se produisait devant 25 000 fans en délire, et après avoir épinglé son adversaire, il fit signe à Schwarzenegger ne monter sur le ring.
Alors à travers le vacarme, Schwarzenegger monta. André dit : « Enlève ta chemise, ils sont tous fous d’envie que tu retires ta chemise, je parle espagnol. » Alors Schwarzenegger, embarrassé, fit ce qu’André lui disait. Il enleva sa veste, sa chemise, son t-shirt, et il commença à prendre des poses. Et puis André alla à son vestiaire pendant que Schwarzenegger retourne près de ses amis.
Et tout ça n’était qu’une bonne blague. Dieu sait ce que la foule criait, mais ce n’était pas pour que Schwarzenegger se déshabille à moitié et prenne la pose : « Personne n’en avait rien à f… que j’enlève ma chemise ou pas, mais je me suis fait avoir. André pouvait toujours vous avoir. »
« Je me demande combien coûte ce livre de photos ? » dit alors Jason. (Nous sommes toujours devant Strand, souvenez-vous, et nous ne le savions pas, mais la terre avait bougé.)
Êtes-vous surpris d’apprendre que je le lui ai acheté ?
Voici ce qui arriva à Jason dans les deux années suivantes : il passa de 139 kg à 104 kg. Il passa de un mètre soixante-sept à un mètre quatre-vingt-onze. Il avait toujours été dans les premiers dans sa classe à Dalton, mais maintenant, robuste et magnifique, il était populaire aussi.
Voici ce qui arriva à Jason dans les années après ça. Université, école de médecine, la décision d’être un psy comme sa maman. (Excepté que la spécialité de Jason c’est thérapie sexuelle.) Le magazine New York le rangea dans les premiers et il rencontra aussi sa charmante ami de Wall Street, Peggy Henderson, et ils se sont joyeusement marriés.
Et et et eurent un fils.
J’allai à l’hôpital aussitôt qu’il fut né. « Nous allons l’appeler Arnold, » me dit Peggy, le tenant dans ses bras.
« Parfait, » dis-je. La vérité c’est que, visiblement, j’espérais qu’ils se rappelleraient de moi aussi, d’une certaine façon. Mais quand c’est fait c’est fait.
« C’est ça, dit Jason. William Arnold. » Et il prit Willy et le mit dans mes bras.
Grand moment de ma vie.
* * *
Pour ceux d’entre vous qui n’ont pas déjà jeté le livre à travers la pièce de frustration, laissez-moi vous expliquer ce que tout ceci à vraiment à faire avec la raison pour laquelle il n’y a que le premier chapitre du Bébé de Bouton d’Or. Et je promets d’y arriver si vite que vous n’y croirez pas.
Ok. Willy le petit garçon. Jason et Peggy vivent seulement à deux pâtés de maisons et je fais attention à ne pas les rendre fous, mais je n’ai jamais eu de petit-fils avant. Pas un jouet de chez Zitomer[4] ne m’échappait. Pas une des ses toux ne me garda éveillé toute la nuit à lire dans mes encyclopédies de médecine.
Je ne pouvais, visiblement, rien lui refuser.
C’est pourquoi mon comportement dans le parc fut si étrange. Magnifique journée de printemps, Peggy et Jason se tiennent la main devant, moi et le Willy de sept ans jouons avec une balle Wiffle[5] derrière. Nous sommes déjà allés voir des matchs des Knicks[6] ensemble. (J’avais des tickets pour toutes les saisons depuis que Hubie Brown[7] était venu sur terre pour me détruire.)
« Nous avons quelque chose à te demander, commença Jason.
- Devinez ce que nous venons de finir la nuit dernière ? continua Peggy. The Princess Bride. Nous l’avons lu à haute voix à tour de rôle. »
Essayant d’être décontracté, j’ai demandé au petit ce qu’il pensait de la chose.
« C’était bien, répondit Willy. Sauf la fin.
- Je n’aime pas la fin plus que ça non plus, dis-je. Plains-toi à M. Morgenstern.
- Non, non, expliqua Peggy. Il n’a pas été déçu par la fin. Il a été déçu que cela finisse. »
Pause. Nous marchâmes en silence.
« Je lui ai parlé de la suite, P’a, » dit alors Jason.
Peggy hocha la tête. « Il était vraiment excité. »
Et puis mon Willy a dit : « Tu me la lis ? »
Je savais qu’à ce moment-là j’avais perdu. Je me souviens exactement de ma peur – et si je ne peux le ramener à la vie cette fois-ci ? Et si je le trahis ? Nous trahis tous les deux ?
« C’est ce que nous voulons te demander, Papa. Willy veut que tu lui lises Le Bébé de Bouton d’Or. Nous voulons tous que tu le fasses.
- Eh bien, c’est dommage pour "nous", n’est-ce pas ? commençai-je un peu trop fort. C’est certainement dommage que "nous" ne puissions pas tout avoir, n’est-ce pas ? Vous devriez tous vous habituer à être déçus, » et avant de faire quoi que ce soit de pire, j’ai regardé ma montre, je fis signe que je devais y aller, je partis, je rentrai à la maison, je suis resté là , je n’ai pas répondu au téléphone, je me suis fait livré chinois de chez Pig Heaven de bonne heure, j’ai commencé à boire, j’étais fait à minuit.
Et je me suis réveillé avant lâ
